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04/10/2015 20:51

Au nom du père II : chapitre III : Blues persistant

 

Au nom du père (Chapitre III ; Tome II)

Blues persistant 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Dans la semaine, Paul réactive sa cotisation aux « Bureaux des anciens » de Sup-aéro et de polytechnique. S’il doit retrouver un boulot, il a plus de chance en faisant savoir à ses écoles qu’il est disponible, que de passer par l’Apec ou l’ANPE en voie de devenir « Pôle-emploi ». 

Bien sûr, on lui demande d’envoyer un CV réactualisé : Un bon vieux coup de « blues » à refaire la synthèse de tout ce qu’il a pu faire… 

Ce qu’il finit tant bien que mal le lendemain matin. 

 

Lendemain qu’il use à chercher un moyen de locomotion autonome. 

Naturellement, il réveille Miho dans la chambre de Charlotte. Puisqu’elle est là à le suivre depuis si longtemps, autant qu’elle l’accompagne et lui serve de garde du corps, le cas échéant. 

Il va pour acheter une moto, elle opte pour un moyen de gamme de chez Peugeot, mais à quatre roues ! 

Les femmes, partout et toujours les mêmes… 

Un veau le moteur diesel. Et puis ça pue et ça fait du bruit. 

Et puis à 5.000 tours/minutes, si l’accélération est un peu poussive sur les premiers mètres, en revanche, ça « arrache » à chauffer le bitume jusqu’à s’étouffer ! 

30 litres au 100, dans ces moments-là, jusqu’à ce que la boîte automatique passe la vitesse supérieure. 

En revanche, ce qui est marrant, ce sont tous les petits-boutons qui commandent l’ordinateur de bord, qui va jusqu’à régler les sièges en hauteur, réguler la vitesse, la température, régler la luminosité du tableau de bord et déclencher les essuies glaces à la première goutte de pluie ! 

Magique. 

 

Ils en profitent pour pousser une pointe jusqu’à la péniche de Mylène : Presque aussi rapidement qu’en moto, mais en consommant presque un peu moins ! Un vrai chameau : 5,6 l/100, d’après les données de l’ordinateur. 

Avec son gros-cube et son réservoir de 20 litres, il faisait à peine 350 bornes. En conduisant… « lentement », là il en a pour plus de 1.100 km d’autonomie. 

Ils déjeunent entre deux averses, puis rentrent sur Paris : Dernière nuit chez Charlotte. Aurélie est rentrée. 

Et ça tiraille. 

Paul a eu raison : Il y a bien eu une intrusion la nuit précédente et un message du pirate. Un post-it laissé tellement en évidence que ni elle ni « DD » ne l’avait vu la veille : « Dernier avertissement ! » 

Quel avertissement ? 

Y’en a marre ! 

« Si c’est que je crois, ça va très vite être réglé. » 

Il croit quoi ? 

« C’est tellement invraisemblable que je vous en parlerai qu’une autre fois. Quand j’aurai confirmation. » 

 

Finalement le surlendemain, Paul se décide à louer un loft donnant sur la Seine, presqu’en face de Notre-Dame-de-Paris et les jardins du square Jean XXIII, quai Montebello, entre la rue Maître Albert et la rue du haut-pavé. 

Un peu petit, sur deux niveaux, un peu trop « très cher » pour ses finances prévisionnelles qui allaient être malmenées, mais une opportunité avec balcon et sans vis-à-vis. 

La tête de l’agence quand il a fait le chèque de la totalité des loyers d’avance, du dépôt de garantie au prix demandé et les frais contre la remise des clés immédiate au moment de la visite, sans même un état-des-lieux. 

Pas dans ses habitudes qui veulent que les visiteurs discutent des charges, de certaines clauses du bail, des délais, etc. 

« C’est à prendre ou à laisser. J’ai besoin d’un endroit où dormir ce soir ! » 

Et ils dormiront sur le plancher : Les meubles n’ont pas eu le temps d’arriver pour n’avoir été commandés que dans la minute précédent la fermeture du magasin où Miho a fait ses emplettes… 

 

Avantage qui a séduit Paul tout de suite, un parking pas loin, attaché au lot, et surtout une double entrée : Les chambres de service, qui constituaient le « loft » sont accessibles par un autre escalier, dit « de service », qui donne sur une rue de traverse autre que celle de l’entrée principale. 

Miho sera en charge de meubler tout ça et de faire le pied de grue pour les branchements téléphoniques et autres abonnements : Son français reste encore très hésitant, mais elle se démerdera bien, pense-t-il. 

Paul installera son bureau au-dessus, là où on accède à la terrasse ! 

Et pendant ce temps-là, il fait un tour chez les boutiquiers du quai et va jusqu’au bureau de son frère, essayant de noyer son coup de blues dans l’oubli : Dur de repartir à zéro, déménagement compris après tant d’années. 

 

Jacques le reçoit entre deux rendez-vous. 

Aimable, mais limite glacial : Paul reste quand même le meurtrier de son beau-père, celui de sa seconde femme après l’avoir cocufié, même s’il ignore ce détail, et celui qui a viré sa « coloc’ » de Strasbourg après avoir fouillé dans tous ces points de chute. 

Sans parler du fait que Jacques commence à comprendre qu’il a pu être manipulé, depuis avant son mariage, par Priscilla…

« Tu en es où ? » 

Il est au chômage. 

« Tu as besoin d’argent ? » 

Gentil de sa part, quoique « sa part », il avait promis de la lui restituer un jour, dans l’avion où tout a débuté, il y a à peine quelques semaines. 

« Je m’inquiétais plutôt de ton sort. Tes histoires de succession avortée, ton ex qui s’est inquiétée, tes gosses, tes associés ! » 

Qu’il ne lui en parle pas : « Tonton s’est pointé au cabinet l’autre jour, me croyant mort. Il a failli défaillir ! Qu’est-ce que j’ai bien ri ! » 

Il imagine, mais il a aussi autre chose en tête. 

« Là, je vais avoir un peu de temps pour m’occuper de « nos affaires » communes. Pourrais-tu me retrouver ta cliente, celle dont tu m’as parlée que tu avais fait sortir de la centrale pour femme ? » 

Drôle de question. Il veut en venir où ? 

« Je veux la rencontrer pour m’imprégner un peu plus de son histoire, comprendre comment ça fonctionnait sous Lacuistre, le directeur de la taule ! » 

« Tu es fou ! Ce n’est pas à nous de régler ces problèmes. Mais à la Justice. Ne te mêle pas de ça ! » 

Il veut juste comprendre, savoir, c’est tout. 

« Tu as raison. Si quelque chose est à faire, ce sera à la juge Trois-Dom de le faire. Mais si on ne lui apporte aucun élément, elle ne fera rien. Je veux juste savoir. Après on avisera ! » 

Valérie Truyère. Elle habite dans la région de Lyon. Lyon même, peut-être.

En réalité, « DD » en retrouvera trace à Beaune, la ville des célèbres auspices aux toits si extraordinaires… 

 

C’est en rentrant qu’il se fait abordé par un « monsieur passe-partout ». 

« Paul de Bréveuil, je présume ? » Bouffée d’adrénaline… 

Enchanté. Qui êtes-vous ? 

« Mon nom ne vous dira rien. Jacques Chirac, pour vous complaire. Je voulais juste vous dire qu’on s’inquiète pour votre santé et votre moral en haut-lieu. Vous allez bien, j’espère ? » 

L’outrecuidant que Paul désespérait d’attendre… 

« J’imagine que cela pourrait aller plus mal. » 

L’autre en reste sans voix sur l’instant. Mais comprend le sens de la répartie. 

« Si vous avez reçu les « petits-messages » subliminaux, c’est que vous savez ce qu’on attend de vous, crois-je comprendre. » 

Ils continuent de marcher côte-à-côte, à petite allure. 

« Vous pourriez dire de ma part à vos chefs, que si c’est une question d’argent, je peux les dédommager de ma propre poche. » 

Il s’arrête. Et Paul en profite pour se retourner à faire face à son voisin et en « circulariser » du regard les voitures et piétons alentour, pour jauger de la menace. 

« Je transmettrai. » 

« N’allez pas si vite » reprend Paul quand le Chirac de pacotille fait mine de rebrousser chemin. 

« Je sais qui vous êtes et vous ne savez pas qui est derrière moi. Sachez seulement que je ne peux rien pour vous : Je n’ai plus les clés. Dites à vos chefs de trouver un autre chemin. » 

Une menace ? 

« On ne menace pas vos patrons, vous le savez bien. Restons-en là. Tout ira bien, ne pensez-vous pas ? » 

Et « Jacques Chirac » s’en va dans la foule jusqu’à une bouche de métro proche. 

Paul se garde bien de l’y suivre. Il est sûr qu’il a du monde en protection rapprochée. 

En revanche, il n’est pas certain de la suite. 

Mais finalement, il s’assied en terrasse et rien ne se passe. 

Maintenant, il est sûr que la « blague » des canadiens se confirme. Ou alors, on est dans une « grosse manipulation » à plusieurs étages dont il n’est qu’un « tout-petit-pion » sur un immense échiquier. 

 

Car la semaine suivante, il passe à autre chose et file à Beaune, avec Charlotte, rencontrer Valérie Truyère, visiteuse de prison à ses heures, et « assistante médicale » dans une clinique proche de l’hôpital de la ville. 

Elle s’occupe des grabataires et des clients de la morgue de la clinique voisine. 

Une femme vieillie avant l’âge, au visage rond et aux traits creusés, la tignasse peu avenante, qui les reçoit à sa « pose méridienne » en terrasse d’un café installé devant le parc attenant dudit l’hôpital, à proximité d’où elle travaille. 

Réticente au début, de parler de son passé soi-disant criminel, puis, plus calme à en causer, « sans haine ni violence », mais avec d’immenses détresses dans les yeux.

« Ce sont mes enfants qui m’ont accusé d’avoir assassiné mon mari. Le pauvre ! C’est lui qui me faisait mourir d’ennui. Et il est mort en se trompant dans ses doses de médicament. Un hyper-tendu hypocondriaque. 

Mais il leur fallait un coupable. » 

Enfants « manipulés » par la belle-famille, bousculés par les gendarmes, quelques empreintes bien naturelles sur les boîtes et bouteilles de médicaments, une enquête bâclée par l’instruction à charge, une défense maladroite et une première condamnation en assises. 

« Sans votre frère, j’y serai encore. Il a pu faire casser mon procès et on est reparti pour un tour : Je n’étais pas là le soir fatidique et le PV que je me suis prise sur la route du retour n’avait pas été versée au dossier. 

En fait, j’ai le sentiment que tout le monde, même mon avocat, me croyait coupable, parce que moi-même je me sentais coupable de ne pas être rentrée à l’heure du travail pour administrer ses médicaments à mon mari. » 

Triste histoire qui lui a valu presque trois années en enfer, il y a bien longtemps. 

 

« Lacuistre, ce salaud, il nous en faisait baver ! Si on était « gentille » et consentante, ça pouvait se passer bien. Sans ça, tout le monde savait qu’il était capable de nous pourrir la vie par d’innombrables brimades et autres humiliations. » C’était leur « mac », leur seul « protecteur » dans cette prison de femmes. 

C’était quoi « être gentille » ? 

« Les nouvelles étaient accueillies par lui-même, qui assistait toujours aux arrivées, quand il s’agit de se mettre à poils devant les gardiennes, d’écarter les cuisses ou de se faire fouiller le vagin. C’était le seul mec avec les toubibs. » 

« Si on n’était pas trop moche, il nous faisait venir dans son bureau et nous expliquait qu’il fallait être gentille et docile. » 

Il leur expliquait que, pour être devenue la lie de l’humanité, il avait droit de vie ou de mort sur toutes les pensionnaires : « Vous imaginez déjà le stress d’être condamnée, lourdement pour la plupart, de se retrouver dans un nouvel univers encore plus gris que les maisons d’arrêt et d’entendre un pareil discours à peine rhabillée de la tenue réglementaire ! » 

Quand les filles répondaient oui, il leur demandait de lui faire une fellation. « Attention, ce salaud vous entravait avant. Pas question de mordre sans se prendre une décharge électrique puissante dans l’anus ! » 

« J’ai toujours pensé que c’était un impuissant. Il jutait rarement. Il bandait mou et s’arrêtait avant d’en finir. Quand on parvenait à lui durcir le sexe, c’était pour nous retourner et nous enculer. » 

Délicate la fille… 

Toujours sans capote, mais avec d’abondants gels pour faciliter la sodomie. 

« Globalement, il avait ses têtes et ne pensait qu’à ça. D’autant mieux que les filles, elles aussi ne pensaient qu’à ça de leur côté. Je ne vous dis pas le panier de gouines que ça pouvait être, toutes ravies de se « faire punir » par le Dirlo dès que ça déconnait dans les cellules ou dans les douches où il patrouillait quand il n’était pas occupé à autre chose ! » 

Mais c’est fou, ça. Et les récalcitrantes ? 

« C’était elles qui étaient jetées en pâture aux petites-caïds de ce bordel carcéral. Et elles en prenaient plein la gueule pour pas cher. Un enfer. On comprend vite ce qui reste à faire avant que toute la prison ne vous chie dessus, vous crache à la gueule ou vous prenne pour une serviette hygiénique. 

Les autres avaient des traitements de faveur : Elles pouvaient sortir les vendredis soirs pour participer à des soirées masquées où des « vieux » s’éclataient avec nos culs. 

J’y ai participé. Immonde ! Une vaste partouze où on nous mettait parfois en file indienne, attachées, la croupe à l’air, offertes à toutes ces bites inconnues. Et ils passaient, repassaient, parfois éjaculaient, souvent non : De vrais bonobos en rut ! »

Ils étaient nombreux ? 

« On était une dizaine, ils étaient deux à trois fois plus, parfois. On ne voyait pas grand-chose pour être bâillonnées avec une cagoule sur la tête et juste une ouverture pour la bouche. Et eux étaient souvent masqués, comme je vous l’ai dit. » 

Personne ne portait plainte ? 

« Vous n’y pensez pas ! D’abord, celles qui pensaient le faire, elles disparaissaient les nuits suivantes. Les gardiennes les isolaient au mitard pour des broutilles dans la journée. Ça pouvait durer deux ou trois jours avant qu’elles ne disparaissent. Car parfois, on ne les revoyait jamais plus. Nous avions un « bon docteur », qui nous faisait souvent des tests de MST et de grossesse. Il nous avortait aussi à tour de bras et à l’œil à l’occasion. Parfois, il emmenait l’une d’entre nous dans sa clinique sans raison et on ne la revoyait jamais : Un vrai « trou noir » ! 

Par contre, quand on était « gentille », nos dossiers de remise de peine étaient traités une peu plus rapidement qu’ailleurs, il nous faisait saliver en nous tenant régulièrement au courant des décisions qui étaient toujours « favorables ou en bonne voie. » »

 

Source : https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/10/au-nom-du-pere-chapitre-iii-tome-ii.html

 

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27/09/2015 12:44

Au nom du père II : Chapitre II : Ce mois hideux

 

Au nom du père (Chapitre II ; Tome II)

Ce mois hideux 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Dès le lendemain, les choses se gâtent : Paul, levé avant le soleil bout d’impatience ! 

Il a entendu le bruit de la turbine de son de Havilland, amarré à la jetée du port de plaisance de Saint-Florent, en face dans la baie. Pas très naturel, sans pilote… 

C’est d’ailleurs ce qui l’a réveillé et il n’a même pas pu le voir s’envoler.

Qui donc a pu le lui voler comme ça avant les aurores ? 

 

Il lui faut retourner à terre rapidement, avec le petit dinghy. « Lady Joan » en profite pour se faire amener sur les quais et prendre un café matinal à regarder le soleil jouer sur la végétation. 

Plus d’hydravion, avec lequel il devait rentrer dans quelques jours, et sa moto à bord… Les gendarmes sont sollicités. 

Et après quelques heures de palabres au téléphone, il ressort qu’un plan de vol a bien été déposé par un équipage militaire, pour ramener l’appareil à Fox. 

Coup de téléphone au chef Rémarde, très ennuyé. 

« Qu’est-ce qui se passe ? » 

 

Ils ont un nouveau patron depuis le début de semaine. La fondation archéologique, qui sert de support juridique, a réuni ce week-end son Conseil d’administration en urgence et a nommé un nouveau Président. 

« Mais qu’est-ce que ça veut dire ? J’en fais partie de ce conseil et je n’ai pas été convoqué ! » 

Si, mais à Fox, pas à son domicile. De toute façon, d’après les statuts, un tiers des administrateurs peuvent convoquer et délibérer. Or, ledit conseil s’est réuni boulevard Saint-Germain, au ministère, là où tous les autres administrateurs émargent habituellement. 

Débarqué et proprement. 

Coups de téléphone au ministère, et après avoir été promené de services en services, il finit par avoir un colonel qui lui explique que l’ordre est venu « d’en haut ». 

« C’était une anomalie. Vous n’étiez plus à l’effectif depuis des années ! » 

 

Dépité, il rejoint la somptueuse Joan qui se régale des rayons de soleil. Mais elle a son air des mauvais jours : « Lord McShiant est décédé cette nuit. Il faut que je file pour les obsèques. Désolée. » 

Au sémaphore, les GSM ne passent pas, mais à Saint-Florent, si. 

Et elle a ouvert le sien par réflexe. 

Il n’y a plus qu’à refaire la route à l’envers et pour chacun de rentrer chez soi. 

 

Arrivé à Paris, Paul vérifie une fois de plus que la loi des séries, dite aussi « loi des emmerdements maximum », existe toujours. 

Isabelle est dans son bureau elle aussi avec sa mine des mauvais jours. 

« Paul, j’ai un problème », commence-t-elle. 

Elle aurait pu dire « nous » avons un problème. 

Elle a reçu une lettre signée de six des neuf administrateurs de la MAPEA, les « militaires et les industriels » partenaires, exigeant la réunion d’urgence d’un Conseil d’administration de la MAPEA, avec une motion de défiance à l’égard de Paul. 

Une sorte d’oukase où son propre mandat est mis en jeu. 

 

La MAPEA est une société de droit privé, qui a pour clients exclusifs des « grands marchands d’armes » étatiques, ou des sociétés liées à EADS, Safran, ou Eutelsat. Que des boîtes paraétatiques qui vivent, pour l’essentiel et comme elle, des marchés publics. 

Paul avait acquis, sur ses deniers personnels, 30 % des actions par une cession de gré à gré auprès de la société portefeuille de l’ex-mari d’Isabelle, celui qui vendait les petits secrets de fabrique à des puissances étrangères [1]. 

Isabelle, l’héritière de la famille Nivelle a toujours gardé 45 % des actions et le reste, le quart, la minorité de blocage statutaire, est porté par un consortium détenu par la Caisse des Dépôts et le Trésor-public en direct pour respectivement 18 et 7 % qui y ont nommé leurs propres administrateurs, inversant la majorité des AG dans la composition du Conseil d’Administration. 

Une « maison » suffisamment bien tenue par la famille fondatrice pour un schéma qui remonte à l’entre-deux-guerres, hors la période d’occupation par les allemands, et contenter tout le monde. 

Paul a remplacé l’ex-mari défunt à la tête de l’usine et a grandement participé à son redressement, valorisant ainsi les actifs de tout le monde. 

L’objectif des uns et des autres étaient de contrôler la boutique pour éviter une augmentation de capital surprise ou une introduction en bourse. 

Ce que peu savent, mais imaginent très bien, c’est que Madame Nivelle, présidente mais assez peu partie prenante dans les affaires, et Paul ont entre eux un « gentleman-agreement », un pacte d’actionnaires : En cas de cession de l’un, l’autre a un droit de préemption à valeur fixée à l’avance, largement sous-évalué pour être d’un niveau retenu à l’époque de l’ex de madame, mais c’est comme ça : il aurait pu être surévalué si la boîte plongeait. 

Et elle « ne plonge pas » parce qu’elle reste fidèle à ses « minoritaires » (obligés). Tout est donc lié. 

Du coup, plus personne n’a intérêt à vendre, sauf les minoritaires. 

En revanche, au Conseil d’administration, la « famille » reste sous représentée. Il a fallu batailler fermement pour y faire admettre la fille d’Isabelle. 

Trois sur neuf, le Conseil décide de tout, sauf à « l’épurer » par une Assemblée Générale surprise. 

Et l’ensemble fonctionnait assez bien jusque-là. 

 

« Ton avion, ça les a fâché. Ils veulent des drones, pas des hypersoniques ! » 

Bon. On fait quoi ? « Ont-ils déjà le nom de mon remplaçant ? » 

Oui : C’est à l’ordre du jour imposé par la lettre recommandée. Un certain Éric Schmouller, X-Mines 71, sorti en détachement de chez EADS.

Un vieux au seuil de la retraite… 

« Il vient pour pantoufler avec un bon article 39… » 

« À propos, si tu pars, je te dois ton golden parachute. » 

Deux ans de salaire : c’était convenu dès le départ. 

Mais de quoi mettre à sec la trésorerie de l’entreprise. 

« Il ne faut pas que tu partes. Mais comment ? » 

Si ce n’est qu’une question de sous, le paiement peut-être différé. Paul n’a pas besoin d’argent. 

« Je préfère que tu gardes le cash pour faire face à une éventuelle tentative d’augmentation de capital initiée par tes gredins. » 

C’est très généreux, fait-elle savoir. 

« Tu pars sans te battre ? Et notre pacte d’actionnaires ? » 

Idem. Même cause même effet. 

 

« Je vais te dire, je ne suis pas sûr que ce soit le « 001 » qui soit la cause de mes destitutions en cours. Parce qu’on vient de me virer de la fondation de Fox de la même façon. » 

Qu’est-ce alors ? 

« Un faux-nez qui sert de prétexte. Je pense que ça vient de plus haut pour être aussi « brutal ». Je veux dire des conséquences des merdes canadiennes sur lesquelles j’étais ces derniers temps. »

Quoi ? 

« Si je te le dis, tu vas au mieux te marrer à n’en plus finir, au pire tu vas me prendre pour un cinglé. Moi-même, je n’y crois pas vraiment, d’ailleurs. » 

Il vaut mieux qu’il garde cette information pour lui. 

« On fait quoi, alors ? » 

On va leur faire acter leur décision, de façon à ce qu’ils la motivent dans le PV de séance. « Et tu sortiras ma lettre de démission en fin de séance, comme ça les choses seront réglées « à l’amiable » en renforçant ton autorité face au vieux con qui va suivre. En revanche, je reste ton partenaire aux AG, si tu le veux bien ! » 

Et comment donc qu’elle le veut. Un « partenaire » de sa qualité, elle n’en a pas eu beaucoup dans sa vie. 

 

Et le prototype ? 

« Je te le rachète avec mes comptes-courants. Avant ta séance. Ça te va ? » 

Mais elle parle du second, l’avion-navette satellitaire. 

« Tu abandonnes le projet. Je le reprends derrière et déposerai les brevets nécessaires. Et toi tu fais ce que ton nouveau Dégé veut faire. On va voir si un « mine » sait faire voler des drones… » 

Le reprendre, mais avec quels financements, avec quel partenaire ? 

« Bé tu vas voir, je sens que j’aurai des tas de choix très ouverts d’ici peu… Tant pis pour la boutique, n’est-ce pas ! » 

Un pillage organisé et imposé, oui ! 

 

« Bon, il va falloir libérer ton appartement situé au-dessus du siège. » 

Ça, Paul n’y avait pas pensé. Ni d’avoir à se retrouver des bureaux opérationnels. 

« Si tu veux, tu viens dormir à la maison. » Sous-entendu dans l’appartement en bordure du bois de Boulogne… 

« Tu as des envies revenues ? » 

Paul fait allusion à leurs ébats lointains, d’avant le décès de son mari. Jeune imbécile, il avait tiré son avantage en période de désarroi, d’où était née leur « complicité » réciproque, au-delà du simple critère de la confiance nécessaire. 

Si elle avait apprécié son amant, dès qu’il était devenu son Directeur Général, elle avait fait cesser ses moments de torride intimité, ne voulant surtout pas mélanger les affaires de business avec les affaires de cœur. 

Une dame qui a des principes, ça se respecte. 

Isabelle hoche la tête, réfléchit et répond : « Ce ne serait pas opportun… pour le moment, je crois !» 

Encore elle qui a raison. 

« Merci pour ton invitation. Je vais me débrouiller provisoirement avec mon panier de gouines, comme tu les appelles. » 

Histoire de la rendre jalouse, au moins un peu. 

La réplique se veut cinglante. « Je sais que tu n’es pas dépourvu de talents… avec n’importe quelle femme ! » 

Pas regardant, veut-elle dire. Mais elle s’est retenue. 

« Tu nous débarrasses le plancher de ta chinetoque, par la même occasion. » 

Une coréenne, pas une chinoise. Et du nord. Un transfuge peu fiable, agent double ou triple qu’il n’est pas très sain de la laisser fouiner dans les locaux de la MAPEA de toute façon. 

Il n’y a aucun secret à voler dans les tiroirs, ni les placards ou armoires du siège parisien, mais de savoir son œil de Pyongyang fureter ici et là, y’a de quoi attraper des maladies mentales. 

« Je m’en occupe. » 

 

La seule qui finalement marque son désarroi, c’est la secrétaire, toujours aussi rouge du visage depuis si longtemps, suite à sa réaction allergique à une crème de beauté, qui en reste bouche bée quand Paul lui demande d’organiser son déménagement. 

Tellement persuadée qu’elle était que, tant que « le patron » est dans leurs murs, il ne peut rien arriver à la boîte, après les années de tension générées par le précédent « boss », celui de « Madame ». 

Qu’est-ce qu’il va leur tomber dessus ? Une nouvelle tornade ? 

Radio-lavabo fonctionne rapidement, au point qu’à la sortie des ateliers à Aubenas, on ne parle que de ça le soir même. 

Isabelle n’aura qu’à les rassurer : Paul reste un « actionnaire de référence ». Son ombre planera encore entre les murs pendant longtemps. 

 

Le soir, Charlotte voit donc débarquer Miho et Paul chez elle, dans son XXème pourri. 

Ce qui ne fait qu’en rajouter à sa mauvaise humeur : Son habitat n’est pas si vaste. 

Toute la journée, elle et « DD » s’étaient débattues avec un virus qui avait planté toute l’informatique : plus aucune alarme n’était gérée automatiquement, tel qu’il avait fallu en passer au « mode natif » en avertissant tous les clients. 

« Je ne comprends pas comment il est arrivé. Tout est pourtant filtré et archi-contrôlé. La seule alarme qu’on a pu détecter, c’est une tentative d’intrusion dans nos locaux la nuit dernière. Mais elle a échoué, semble-t-il. »

Qu’elle ne cherche pas : elle a parfaitement fonctionné et les mémoires l’ont effacée. 

« Charlotte, je ne sais pas ce qui se passe, mais je crois que c’est moi qui suis visé. » 

Quelle connerie a-t-il encore fait ? 

« Je ne peux pas te dire. C’est en rapport avec cette histoire « d’ARRCO ». Et la dissolution de la Fondation Risle. Je ne vois que ça, mais je ne peux pas t’en dire plus. Pour l’heure, faut que tu nous accueilles chez toi, le temps que je trouve un toit et une moto. » 

Y’a le canapé. « Mais ta niaquewée, elle dort dans la baignoire. » 

Ou l’inverse. 

« Tu ne l’as pas essayée, pourtant. Je suis sûr que si je le lui demande, elle saura faire aussi bien qu’Aurélie. » 

Il n’y pense pas ? « Et si Aurélie débarque de son escapade à l’improviste ? » 

Paul s’en occupera : Ça la changera un peu du train-train quotidien en lui rappelant de bons souvenirs ! 

« Mais il n’en est pas question ! Aurélie et moi, c’est l’amour divin ! » 

Comme elle veut. 

 

Paul en profite pour passer un coup de fil à Mylène. « Sois prudente ! Il y a des choses bizarres qui se passent autour de moi. » Et il lui explique la situation nouvelle. 

« Paul, t’es vraiment qu’un con. Mais tu seras le bienvenu. Si tu dois aller pointer au chômage, n’oublie pas que j’embauche toujours pour la plonge ! » 

Mimi, Mylène… 

Idem pour Pètros, à Kotor. Pour lui, la saison a été bonne et n’est pas terminée. Quant à des « dangers », il a son propre réseau d’alerte en soutien : Pas de problème. 

 

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[1] Cf. L’épisode des enquêtes de Charlotte : « Ardéchoise, cœur fidèle », à paraître aux éditions I-Cube. 

 

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