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23/08/2015 11:33

Mains invisibles II : Chapitre XXII : Retombées de l’épisode barcelonais

 

Chapitre XXII : Retombées de l’épisode barcelonais

 

Saut technologique…

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

À son retour à Chengdu, alors qu’il en est à encore cogiter sur cette dernière rencontre d’avec « Birgit », « la magicienne » et le semi-échec du vol inaugural du prototype « 002 » et ses limites conceptuelles, il en a confié le morceau de papier qu’elle lui avait remise à son fidèle Luc, l’ingénieur à tout faire de l’usine ardéchoise, un génie du bricolage, venu avec femme et leurs deux petits-gamins, pas encore scolarisés, occuper l’une des villas mises à disposition pour les 法蘭西, les « frenchies », par les autorités locales.

De vastes demeures traditionnelles équipées de presque tout le confort occidental : il y manque seulement la machine à café, mais guère plus !

Un soir, il entre dans la salle à dessins où se tenait Paul.

« – Patron, je crois que j’ai fini par comprendre ce que c’est !

– Quoi donc ?

– Le « chiffon » que tu m’as remis à ton retour d’Aubenas.

– Et c’est quoi ?

– Une sorte de gel protecteur partiellement cuit dans lequel est incluse une couche de conducteur électrique, prise en sandwich avec une sorte d’adhésif ou de colle étirable.

– Et alors ? Ça sert à quoi ?

– J’ai mon idée. On n’avance pas sur le problème des températures de notre intrados.

– Oui… »

Soit il s’agit de renforcer la couche de céramique en l’épaississant, ce qui alourdira la masse au décollage, soit on se décide d’en faire une superficielle supplémentaire que l’on changerait après chaque vol.

Et si ce n’est pas la seconde, mais la première, comme il s’agit d’une pièce d’un seul tenant, dans les deux cas c’est carrément tout l’appareil qu’il faut refaire !

À moins que l’on se contente de rajouter une couche externe nettement plus légère et mieux dimensionnée comme premier bouclier thermique, et on ne change que celle-là dans la seconde hypothèse, ce qui alourdirait aussi l’appareil.

Le problème, c’est que la coque externe n’a pas été conçue pour recevoir une prothèse additive : il n’y a aucun point d’appui ou d’accrochage disponible, sauf à y faire des trous.

C’est d’ailleurs ce sur quoi cogite Paul sur le moment : quelle taille, sans détruire la résistance de l’ensemble ? Quelle type de « jonction », acier, tungstène, ou bien « soudures » cryogéniques ? Tire-fond ou simple « vissage ou rivetage » ? Quels emplacements ou comment répartir les efforts mécaniques au mieux ?

En bref, faut-il tout refaire ou est-ce encore adaptable ?

« Me laisserais-tu faire un essai sur un bout de nos céramiques avec une torche à plasma ? »

Pas sûr qu’on dispose d’un tel outil dans ce pays-là, mais on peut toujours essayer de trouver une lance à oxygène qui peut chauffer jusqu’à 4.500° C pour celles de type Kosanke.

Encore faut-il aussi en trouver une…

En principe les chantiers du BTP ou au moins ceux de la construction navale en disposent. Mais là, on est loin de la mer.

Les deux compères en trouvent une sur la base militaire voisine en quelques jours.

Et au premier essai, la bestiole fond le « gel » préparé par Luc, posé sur une chute de céramique en une poignée de dizaines de seconde.

Insuffisant.

Ça peut retarder le phénomène d’abrasion plasmatique, mais ça ne change rien au véritable problème.

Pourtant elle a dit : « ça vous évitera d’avoir à refaire votre bouclier thermique après chaque vol » et c’est, pour l’heure, justement ce qu’on cherche à faire.

 

Et puis en analysant la formule chimique du « conducteur » inscrite sur le « chiffon » de Luc, Paul s’aperçoit qu’on est sur un mélange de tellurure de bismuth (Bi2Te3) à très faible dose et d’un alliage silicium-germanium (SiGe) utilisés pour l'alimentation des sondes spatiales dans des générateurs thermoélectriques à radio-isotope.

C’est une « thermopile » agencée de façon particulière qui ressort naturellement du mode de cuisson !

Dans un matériau soumis à un flux électrique (courant constant) et à un gradient de température, le flux thermique généré par l'effet Peltier n'est pas constant.

De son côté, Kelvin a montré que les trois coefficients Seebeck, Peltier et Thomson ne sont pas indépendants les uns des autres. Ils sont liés par deux relations.

Pour la réfrigération ou la génération d’électricité par effet thermoélectrique, un « module » est constitué de « couples » connectés électriquement. Chacun des couples est constitué d’un matériau semi-conducteur de type p (S > 0) et d’un matériau semi-conducteur de type n (S < 0). Ces deux matériaux sont joints par un matériau conducteur dont le pouvoir thermoélectrique est supposé nul. Les deux branches (p et n) du couple et tous les autres couples composant le module sont connectés en série électriquement et en parallèle thermiquement.

Cette disposition permet d’optimiser le flux thermique qui traverse le module et sa résistance électrique.

Si les matériaux choisis ont de bonnes propriétés thermoélectriques, ce flux thermique créé par le mouvement des porteurs de charge sera plus important que celui de la conductivité thermique. Le système permettra donc d'évacuer de la chaleur depuis la source froide vers la source chaude, et agira alors comme un réfrigérateur.

 

En revanche, dans le cas de la génération d'électricité, c'est le flux de chaleur qui entraîne un déplacement des porteurs de charge et donc l'apparition d'un courant électrique.

L'alliage SiGe utilisé pour l'alimentation de la sonde Voyager n'est en effet efficace qu'à des températures supérieures à 1.000 K environ.

Un tel module permet donc d'obtenir une efficacité énergétique, une puissance électrique, ou une chaleur extraite, avec des rendements de conversion obtenus à l'heure actuelle voisins de 15 %, ce qui signifie que 15 % de la chaleur traversant le matériau est convertie en puissance électrique.

 

Le matériau le plus étudié à l’heure actuelle est Bi2Te3 (alliage de bismuth et de tellure). Il est utilisé dans tous les dispositifs fonctionnant au voisinage de la température ambiante, ce qui inclut la plupart des dispositifs de réfrigération thermoélectrique.

Les meilleures performances sont obtenues lorsqu’il est à un alliage de Sb2Te3 (alliage d'antimoine et de tellure) qui possède la même structure cristalline.

Pour une utilisation à moyenne température (550 K/750 K environ), le matériau le plus utilisé est le tellurure de plomb (PbTe) et ses alliages (PbSn)Te (tellurure de plomb-étain).

Les deux composés PbTe et SnTe peuvent former une solution solide complète ce qui permet d’optimiser le gap (bande interdite du semi-conducteur) à la valeur désirée. Les meilleurs matériaux obtenus ont des facteurs de mérite proches de l’unité autour de 700 K.

Cependant, ces valeurs sont obtenues uniquement dans les matériaux de type n. Le PbTe ne peut donc pas à l’heure actuelle constituer à lui seul les deux branches d’un thermo-élément.

La branche p est donc généralement constituée d’un matériau de type TAGS (pour Tellure-Antimoine-Germanium-Argent), qui, quant à lui, permet d’obtenir des facteurs de mérite supérieurs à l’unité à 700 K uniquement en type p.

Quant aux alliages à base de silicium et germanium, qui possèdent de bonnes caractéristiques thermoélectriques aux hautes températures (au-dessus de 1.000 K), ils sont notamment utilisés pour la génération d’électricité dans le domaine spatial.

Ce sont notamment des alliages de ce type qui sont utilisés pour l'alimentation en électricité de la sonde Voyager.

 

Paul aurait dû y penser plus tôt. Les applications actuelles et potentielles des matériaux thermoélectriques tirent parti des deux aspects de l’effet Thomson : d’une part, l’établissement d’un flux de chaleur, opposé à la diffusion thermique, lorsqu’un matériau soumis à un gradient thermique est parcouru par un courant, permet d’envisager des applications de réfrigération thermoélectrique. Cette solution alternative à la réfrigération classique utilisant des cycles de compression-détente ne nécessite aucune pièce mobile, d’où une plus grande fiabilité, l’absence de vibration et de bruit.

D’autre part, la possibilité de convertir un flux de chaleur en courant électrique permet d’envisager des applications de génération d’électricité par effet thermoélectrique, notamment à partir de sources de chaleur perdue comme les pots d’échappement des automobiles (gain de 5 % à 10 % du carburant attendu en limitant l'utilisation de l’alternateur), les cheminées d’incinérateurs, les circuits de refroidissement des centrales nucléaires… Les systèmes thermoélectriques constitueraient alors des sources d’énergie d’appoint « propres », puisque, utilisant des sources de chaleur existantes inutilisées et en principe perdues.

De plus, la très grande fiabilité et durabilité des systèmes (grâce à l’absence de pièces mobiles) a conduit à leur utilisation pour l’alimentation en électricité des sondes spatiales. C’est notamment le cas de la sonde Voyager, lancée en 1977, dans laquelle le flux de chaleur établi entre du PuO2 fissile (PuO2 est radioactif et se désintègre, c'est donc une source de chaleur) et le milieu extérieur traverse un système de conversion thermoélectrique à base de SiGe (alliage de silicium et germanium), permettant l’alimentation de la sonde en électricité (en effet, les sondes spatiales s'éloignant trop du soleil ne peuvent pas être alimentées par des panneaux solaires, le flux solaire devenant trop faible).

 

Les systèmes de conversion utilisant l’effet thermoélectrique ont cependant des rendements faibles, ce qui limite pour l’instant les thermopiles à quelques applications dans lesquelles la fiabilité et la durabilité sont plus importantes que les coûts et le rendement. Des générateurs thermoélectriques permettent de recharger les dispositifs portables (batterie de mobiles) en cas panne secteur.

Comme ce fut le cas à New York, lors de l'ouragan Sandy.

Une application de l'effet thermoélectrique a été mise en œuvre par une jeune canadienne, Ann Makosinski, qui a conçu une lampe transformant la chaleur de la main en électricité et a remporté un prix financé par Google en 2013.

 

Et là, il s’agit d’une grosse quantité de chaleur à transformer en une petite quantité d’électricité mais sous haute tension.

En tout cas assez haute pour créer un tel différentiel de potentiel qu’il peut et doit créer un champ électromagnétique assez fort entre l’anode et la cathode, l’une en tête de l’avion, l’autre sur les bords de fuite des ailes, afin d’ioniser dans un premier temps les molécules d’air, milieu dans lequel est plongé l’avion à haute vitesse, jusqu’à générer un plasma et un champ magnétique qui le – et les – repoussera loin des parois en céramique.

Un mécanisme qui est en plus autorégulé : plus ça chauffe, plus la thermopile génère du courant, qui alimente à la fois le perche à plasma et le champ électromagnétique, et plus ce champ repousse plus loin des parois les gaz chauds. Qui font du coup du coup perdre de sa puissance à la thermopile, ce qui réchauffe le conducteur, qui reprend de la puissance et ainsi de suite…

Magnifique.

Et le week-end suivant, tout cela est calculé, simulé, modélisé tel que Luc est un peu surpris de retrouver son patron les yeux rougis de manque de sommeil des « nuits enthousiastes » (ou blanches, selon les circonstances) le lundi matin.

Il s’agit maintenant de fabriquer assez de « Gel de Birgit », comme d’un film étirable, de faire quelques essais, d’apprendre à l’appliquer correctement sur quasiment toute la structure et de modifier l’étrave de l’avion qui prendra son allure de bec de canard, 2.1, « fumant une clope », pour la perche en tungstène !

C’est que de toute façon, il faut faire passer des câbles conducteur d’avant en arrière, de la proue à la poupe, de la perche aux bords de fuite des ailes, pour créer un circuit fermé et faire tourner le courant électrique ainsi généré qui alimentera le champ électromagnétique tout autour de l’appareil à travers ledit « gel » qui du coup va revêtir toutes les surface de l’appareil, intrados, bien sûr, mais également extrados pour créer un champ magnétique de protection complet.

Alors, on en profite pour allonger l’engin et « reprendre » la courbe initiale des « œuvres-vives » au niveau de son aplatissement originel, juste avant l’émergence des emplantures d’aile : ce sera la partie amovible, interchangeable.

 

Le second vol a lieu avec le même équipage que le premier, dans la deuxième quinzaine de mars, en pleine effervescence des « grands travaux » innovateurs dans les ateliers, peu avant l’éclipse totale solaire du 20 et les quatre attentats-suicides au Yémen contre deux mosquées contrôlées par les milices chiites houthis à Sanaa et à Saada tuant simultanément 142 personnes ; c’est aussi un peu après que l'avion solaire Solar Impulse 2 décolle d'Abou Dabi pour un premier « tour du monde sans carburant » une peu contrarié ; que deux hélicoptères se percutent en plein vol à proximité de Villa Castelli en Argentine pendant le tournage de la version française de l'émission « Dropped » où périront quelques athlètes de haut-niveau dont Florence Artaud ; que la Grèce change de ministre de la finance en pleine négociation du sauvetage des finances publiques du pays, que le cyclone Pam balaye le Vanuatu et l’attaque du musée du Bardo, dont il a été question ci-avant.

 

Curieusement, le troisième vol du « 002.1 », avec à son bord quelques officiels volontaires et le « capitaine Haddock » officiant comme copilote se fera après éclipse lunaire ; que des hackeurs « cyber-djihadistes » se revendiquant de l'État islamique interrompent la diffusion de la chaîne de télévision française TV5 Monde et prennent le contrôle de ses sites internet.

Mais aussi l’ouverture 7ème sommet des Amériques à Panama et la rencontre historique entre le président américain et le président cubain Raúl Castro, une première entre dirigeants des deux pays depuis 1956, en marge dudit sommet !

Une ère nouvelle s’ouvrirait-elle ?

 

Bref, un petit saut technologique, mais un saut tout de même qui autorise le vol du extraatmosphérique « Nivelle 002.1 » en toute sécurité, là où Paul était dans une impasse.

 

 

Source : https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/08/chapitre-xxii-retombees-de-lepisode.html

 

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22/08/2015 11:04

Mains invisibles II : Chapitre XXI : Vol 9525 de la Germanwings

 

Chapitre XXI : Vol 9525 de la Germanwings

 

Saut de puce à Barcelone… 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle, sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

Comme convenu avec Birgit, Paul fait un atterrissage sur la piste en service ce jour-là, la piste 25 L, longue de 2.660 m (8.727 ft), asphaltée, posée le long de la mer, sur l’aéroport international de « Barcelone-El Prat », code BCN.

Il est presque 9 h 00 et le soleil a pris de la hauteur depuis son départ, il y a moins de  deux heures de ça. Il aurait alors même pu se poser au large de la berge et finir à pied depuis la plage, mais ça aurait fait désordre.

Et puis même si son hydravion doit avoir assez de carburant pour faire le chemin inverse sans refaire les niveaux, par précaution, il fera remettre un petit-quart de capacité en plus dans les réservoirs pour le retour vers Aubenas, sa prochaine étape avant de retourner sur Paris demain.

Même si soulever autant de masse, ça coûte en terme de consommation.

C’est que depuis ses appontages dans l’océan Indien sur la CDG à bord de son Super-Étendard, dans une autre vie, la peur du manque de carburant en fin de vol taraude toujours les tripes de Paul.

En mer, malgré la précision des navigations, on ne peut apercevoir le « timbre-poste » sur lequel se poser, que dans les 5 dernières minutes.

Alors quand les jauges flirtent avec le niveau zéro et qu’il n’y a rien à l’horizon, c’est l’angoisse : Aura-t-on assez de carburant pour ramener « son piège » en un seul morceau surtout si on rate sa première approche ou le brin d’arrêt ?

Voire deux ? Ça arrive parfois…

D’où un emplacement parking proche des camions-pompes et non pas en mer ou au port. 

 

L'aéroport international de Barcelone-El Prat est justement situé à environ 12 km au sud-est de Barcelone en pays Catalan, en Espagne, trop loin pour accéder à du carburant « qualité aviation ».

Avec 35,5 millions de passagers en 2014, c’est le deuxième aéroport en Espagne après celui de Madrid et le 31ème aéroport le plus fréquenté au monde.

C’est la base principale et le hub la compagnie aérienne locale « Vueling » et une base majeure pour Iberia, Ryanair et Air Europa.

 

Le premier aérodrome de Barcelone était situé à El Remolar et a commencé ses opérations en 1916.

Cependant, par manque d'une prévision d’une « bonne » expansion possible du trafic, un nouvel aéroport est inauguré à El Prat en 1918.

Le premier avion à y atterrir est un Latécoère Salmson 300 qui arrive de Toulouse en escale technique, avec pour destination ultime Casablanca, de l’autre côté de la mer.

L'aéroport est utilisé dès l’origine comme siège de l'Aéro-club de Catalogne puis comme base de la flotte Zeppelin de la Marine espagnole.

Le trafic commercial régulier ne commence qu’en 1927 avec un vol d'Iberia vers l'aéroport de Madrid-Cuatro Vientos.

Celle-ci fut la première route de la compagnie aérienne espagnole… 

 

En 1948, une piste est construite en dur, aujourd'hui la 07-25, et cette même année, le premier service transocéanique est assuré par Pan American World Airways vers New-York, avec un Lockheed Constellation.

Entre 1948 et 1952, une deuxième piste est construite (piste 16-34), sécante à la précédente, mais aussi des voies de circulation et un terminal pour accueillir les passagers.

En 1963, l'aéroport atteint le premier million de passagers par an.

Une nouvelle tour de contrôle est construite en 1965, le terminal est réaménagé en 1968 (aujourd'hui la zone la plus ancienne du terminal 2B) et une seconde piste 07-25 « gros porteurs » est ouverte.

Le 3 août 1970, Pan American World Airways inaugure le service régulier entre Barcelone, Lisbonne et New York avec un Boeing 747.

Le 4 novembre de la même année, Iberia commence le service de navette entre Barcelone et Madrid-Barajas. Quelques années plus tard, en 1976, un terminal est construit spécifiquement pour la navette d'Iberia et un autre exclusivement pour le trafic cargo et un service de courrier annexe.

En 1977, plus de 5 millions de passagers annuels circulent déjà dans l'aéroport. 

 

Le terminal 2 est gigantesque. Il s’agit d’une immense voûte ajourée, aux lignes arrondies sur toute sa longueur.

Un tapis-mécanique coupe ce vaste espace en deux dans le sens de la longueur sur une première partie et le sol, cristallisé est tellement magnifique qu’on pourrait y manger par terre…

Des boutiques parsèment l’avant salle d’embarquement, puis derrière les équipements de sécurité que franchissent pour contrôle les voyageurs, il y a de nouveau des boutiques « free-tax », bars, salons, sièges d’attente devant chaque embarcadère. 

 

Paul n’a pas le temps de remonter du tarmac pour investir cet immense hall afin d’y faire quelques achats de souvenirs au fond du terminal, que Birgit le rattrape de ses assiduités.

Toujours aussi particulière, la brune.

Et Paul s’en méfie depuis leur dernière rencontre, ayant encore le souvenir cuisant de sa force herculéenne dans ses propres fibres musculaires.

Même si maintenant, il sait de quelle pharmacopée elle était issue.

« Vous savez que je ne sais toujours pas où vous joindre, jeune-fille ! »

Pour rappel, le jour où elle l’avait abordé, il y a six mois de ça, une éternité, sur les trottoirs du quai de Seine, et dans des circonstances si particulières, elle s’était présentée comme l’assistante d’un chercheur suisse travaillant en Helvétie dans un laboratoire de l’école polytechnique de Lausanne.

Bien sûr, Paul avait fait vérifier : si l’un était connu, elle, elle ne l’était pas.

« Pourquoi me joindre ? Vous auriez eu des démangeaisons impérieuses à l’entre-jambe à satisfaire ? Je croyais que vous aviez récupéré l’usage de votre femme pour vous soulager… »

Curieux comme réflexion en pensera Paul plus tard, quand il en aura assez appris à l’occasion de leur troisième rencontre à venir.

Sur l’heure, c’est plutôt « Salope, oui » qui lui vient à l’esprit : elle l’avait violé pour finir par lui fournir les renseignements qui lui manquaient pour récupérer Florence, justement…

Et puis il s’était passé tellement de choses depuis, que Paul s’était fait une raison : cette femme-là, c’était au minimum une fée, qui apparaît et disparaît sans laisser de trace, à sa seule convenance.

 

Alors évidemment, quand il avait reconnu sa voix un peu gutturale et son débit si particulier, un peu haché, dimanche dernier sur son portable qui annonçait un numéro masqué, il a répondu sans hésiter à son rendez-vous ce mardi matin à Barcelone, écourtant son séjour à Aubenas.

Barcelone, une ville fantastique, mais où il avait gardé un assez mauvais souvenir de l’agression dont il avait été victime du côté de las Ramblas, il y a de ça plus de deux ans, quand tout le monde pourchassait « Ahmed-le-Diabolique » et sa bombe atomique à destination de Londres pour le soir de l’ouverture des jeux Olympiques de 2012 (cf. « Parcours olympiques » aux éditions « I-Cube »).

« Vous étiez sûre que j’allais venir… »

À la minute près… « J’ai vu votre hydravion arriver. »

Bon et alors, maintenant ils font quoi ? Un petit-don de sperme dans les toilettes ?

« Ne soyez donc pas si trivial, s’il vous plaît, mon colonel. Chaque chose en son temps. »

Et elle enchaîne.

« La dernière fois, c’est moi qui vous étais utile. Depuis, vous vous en êtes bien sorti en Algérie, puis en Corée et maintenant en Chine. Je tiens absolument en retour à ce que vous fassiez le vol extra-atmosphérique prévu sur la Nivelle 002, et ne me demandez pas pourquoi.

En revanche, je vous sais anxieux quant à sa réussite, puisqu’il vous semble tellement périlleux… »

Comment savait-elle pour la Corée ? Bien des gens se doutaient de quelle que chose, mais aucune information n’avait filtré hors des palais gouvernementaux et quelques chancelleries.

Il faut dire que le jeune dictateur avait été particulièrement… chahuté dans ses convictions profondes et personnelles, qu’il doit en garder un assez mauvais souvenir pour n’en rien dire !

Même Pékin ne savait pas vraiment tout, sauf à chercher les causes d’un « refroidissement » des relations avec Kim-Jong-Un et son rapprochement avec Moscou… 

 

Comment sait-elle pour ses « angoisses » relatives à ses calculs quant à la résistance putative de ses céramiques affrontant le mur de la chaleur depuis les altitudes orbitales ?

« Je sais beaucoup de choses. D’ailleurs, vous devriez tester cette formule de céramique-là pour une surcouche de votre prototype. Je suis persuadée que vous améliorerez encore le procédé. Ce n’est pas indispensable, mais ça vous évitera d’avoir à refaire votre bouclier thermique après chaque vol, sur les parties endommagées par les effets ionisant des hautes couches de l’atmosphère…  »

Et elle lui glisse un petit rouleau de papier que Paul déroule pour y découvrir quelques formules chimiques d’une sorte de résine, un croquis de frittage par cuisson avec des temps, des pressions et des températures et quelques schémas.

Entendu, il étudiera ça. « Je peux repartir, maintenant ? On m’attend à Aubenas et j’ai un avion à prendre demain soir pour la Chine. »

La dernière fois, elle lui avait remis des photos-satellites datées de quelques jours plus tard.

Sur place, « on » lui avait remis des ampoules de ce qui se révélera être des amphétamines de guerre particulièrement « dopées », qui lui avait permis de se tirer d’affaire sans dégâts à Pyongyang.

Des rencontres utiles, finalement… 

 

Non, elle veut lui faire une démonstration de … ses connaissances !

« Au point où nous en sommes, il est temps de vous préparer à passer, que vous le vouliez ou non, à une autre étape.

Je sais que vous étiez incrédule pour votre raid en Algérie. Et pourtant, vous aviez eu raison de me faire confiance.

Là, il s’agit encore de vérifier une… « prémonition ». »

De quoi que quoi ?

« Un avion va avoir du retard, parce qu’un message que je vais envoyer dans quelques secondes, va alerter les autorités que le vol 9525 n’arrivera pas à destination.

Ce qui va déclencher un contrôle des embarquements plus strict et des bagages en soute… d’où le retard ! »

Elle ne va quand même pas envoyer une fausse alerte avec son portable à numéro masqué ?

Vraiment cinglée cette fille-là ! C’est un délit grave, une fausse alerte.

Encore plus grave si c’est une vraie tentative d’attentat !

Ce qu’elle fait sur-le-champ sans laisser le temps à Paul de l’en empêcher…

« Voilà, on a le temps d’aller prendre un verre là-bas ! »

Décidément n’importe quoi ! D’une débilité profonde, à moins que… 

 

« J’aurai pu vous laisser envoyer ce texto, et vous auriez fini par le faire pour ne prendre aucun risque, mais ce n’était pas comme ça que c’est écrit. »

Quoi, écrit ?

« Vous avez un excellent biographe. Qui nous livre des détails hallucinants sur votre vie ! »

Encore ce « I-Cube » qui publie en douce sur son blog tous ses « petits-secrets » et parfois de bien plus importants encore…

L’année dernière, il avait fait très fort et annonçait son exil, en passant justement par cette ville si proche d’où ils sont en ce moment.

Paul se fait servir un grand café quand elle sirote un chocolat brûlant et épais avec précaution.

« Comment pouvez-vous boire ça ?

Puisque je suis là, quel est votre plan pour cette fin de matinée ? »

Ils vont assister au décollage de l’A 320 allemand, elle va partir et lui va rentrer.

« Et quelle est notre prochaine rencontre ? Quand ? »

Elle n’a pas à lui le dire.

Une tombe…

 

« Tant que vous n’aurez pas franchi diverses étapes de votre formation, vous n’en saurez pas plus, de façon à ce que vous naviguiez entre doute et certitude. »

Quelle formation ?

« Il y a des degrés. Pour l’heure, on boit et on attend. »

Pénible la gonzesse : « Je peux aller faire mes achats de souvenirs ? »

Il a 22 minutes. « On se retrouve devant cette baie vitrée là-bas. Soyez précis. »

Paul mâte l’endroit en maugréant et déclenche son chronomètre en se levant pour aller vers les boutiques.

Dans quelle galère il se retrouve ? Tout cela est bien intrigant.

Une fois arrivé, après avoir marché tout droit, il se retourne : Birgit a disparu en ayant laissé un billet de 10 euros à leur table…

 

Vingt minutes plus tard, il est à l’endroit prévu, mais pas elle.

Elle arrive par surprise, par le côté : Paul ne l’a pas vue venir.

« Voilà, c’est celui-là. Il a 40 minutes de retard pour cause de fouille, ce qui a rendu très mécontents certains de ses passagers.

Il y a 150 personnes à bord. »

L’avion passe devant eux en accélération, un peu cabré, mais les roues du train principal encore au sol, en direction du bout de la piste 25 L.

« Il va virer par le sud pour aller en direction de la vallée du Rhône après un petit détour en direction de Milan pendant sa phase de montée.

Avant d’arriver au-dessus de Marseille, dans 20 minutes environ, il aura atteint son altitude de croisière. 35.000 pieds en dit-on. »

Bon et alors ?

« Une fois tous les paramètres du vol seront stables, le commandant de bord va sortir du cockpit pour soulager sa vessie. Et il va se retrouver « enfermé dehors ». Dans 40 minutes environ, après 8 minutes de descente, le co-pilote va planter sa machine sur un contrefort des alpes, tuant tout le monde à bord ! »

Et elle va laisser faire ça ?

« J’ai envoyé un texto d’avertissement, vous en avez même été témoin ! »

Mais ce n’était pas suffisant : il fallait enfermer et appréhender le co-pilote coûte que coûte !

« Et vous croyez qu’ils m’auraient laissé faire ? Mais vous rêver mon colonel ! »

L’absurdité de la situation…

Que faire maintenant pour éviter la catastrophe ?

« Mais rien. Il n’y a rien à faire. Vous préféreriez que ce co-pilote-là précipite son avion sur la centrale de Fessenheim qui est sur sa route ? En revanche, après ça, tout  le monde reverra les mesures de sécurité à bord des appareils, ce qui évitera bien des drames ! »

Comment sait-elle tout ça ?

N’est-ce pas du roman, complétement délirant ?

Mais déjà, elle a disparu mystérieusement à l’occasion d’un léger moment d’inattention quand Paul a tourné son regard à droite vers le petit point au-dessus de l’horizon qu’était devenu l’avion dans sa manœuvre de prise de cap et d’altitude : Paul a de si bons yeux ! 

 

Deux hommes à la démarche légèrement mal-assurée s’approchent de lui alors qu’il cherche Birgit du regard aux alentours.

Habillés de noir, taille moyenne, lunettes noires, chaussures noires, teint pâle, le même débit de parole haché, le ton monocorde, l’air menaçant : « Maintenant, mon colonel, vous devriez repartir. Et ne parlez à personne de cet … incident ! Au mieux, on vous prendrait pour un fou… Il n’a jamais existé. Vous m’avez compris ? »

Que faire ?

Et si tout cela n’était qu’une pitrerie sans queue ni tête ?

Là encore, le temps d’un détour du regard et les deux hommes qui étaient là, en face de lui, à moins d’un mètre, avaient disparu de son horizon visuel !

Une histoire de fou, de timbré ultime, effectivement… 

 

Et il a consenti à faire un détour de trois heures pour entendre de pareilles sornettes hallucinantes.

Il enrage de s’être laissé piéger de la sorte aussi facilement.

Même si le petit rouleau de papier froissé au fond de sa poche témoigne qu’il n’a pas rêvé…

Ce n’est qu’en fin de matinée, quand il apprend comme tout le monde que le vol de l’A320 de la Germanwings est allé se planter tout droit dans la montagne avec ses passagers et tout son équipage, qu’il réalise qu’il a vécu un moment exceptionnel de sa vie.

Une fois de plus.

Et ce n’était ni le premier et sans doute pas le dernier.

Ce qui le plonge dans un état d’hébétude mentale insondable jusqu’au-delà de son retour à Pékin…

 

https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/08/chapitre-xxi-vol-9525-de-la-germanwings.html

 

 

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