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11/08/2015 00:37

Zola !... Reviens !... Ils sont devenus fous !...

 

J’accuse !...

 

Voici un extrait du texte de l'article d'Emile Zola, intitulé "J'accuse" et publié le 13 janvier 1898 en première page du quotidien parisien L’Aurore sous la forme d'une lettre ouverte au Président de la République. Le texte accuse le gouvernement de l’époque d’antisémitisme dans l’affaire Dreyfus.



"Lettre à M. Félix Faure,

Président de la République

Monsieur le Président,

Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?

Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition Universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté.

Mais quelle tache de boue sur votre nom - j’allais dire sur votre règne - que cette abominable affaire Dreyfus !

Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice.

Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.

Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière.

Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice.

Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.

Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus. Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c’est le lieutenant-colonel du Paty de Clam, alors simple commandant.

(…) Quand une société en est là, elle tombe en décomposition.


(…) L’idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir d’équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministre de la Guerre, le grand chef, a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l’autorité de la chose jugée, vous voulez qu’un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner.

(…) On nous parle de l’honneur de l’armée, on veut que nous l’aimions, la respections. Ah! certes, oui, l’armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple, et nous n’avons pour elle que tendresse et respect.

Mais il ne s’agit pas d’elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice.

Il s’agit du sabre, le maître qu’on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non ! Je l’ai démontré d’autre part : l’affaire Dreyfus était l’affaire des bureaux de la guerre, un officier de l’état-major, dénoncé par ses camarades de l’état-major, condamné sous la pression des chefs de l’état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l’état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n’ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus.

Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d’un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d’angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale ! Et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie !

On s’épouvante devant le jour terrible que vient d’y jeter l’affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d’un malheureux, d’un « sale juif » ! Ah ! tout ce qui s’est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des moeurs d’inquisition et de tyrannie, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d’État !

Et c’est un crime encore que de s’être appuyé sur la presse immonde, que de s’être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité.

C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier.

C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer.

C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie.

C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des oeuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’oeuvre prochaine de vérité et de justice.

Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies!

Je me doute de l’écroulement qui doit avoir lieu dans l’âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu’il finira par éprouver un remords, celui de n’avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l’interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas.

Il a été le grand honnête homme, l’homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle- même, surtout lorsqu’elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour.

A quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt le soleil allait luire? Et c’est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui, par un sentiment de haute dignité, n’a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l’honorent d’autant plus que, pendant qu’il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux coeurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait.

Et l’on a même vu, pour le lieutenant-colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l’accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s’expliquer et se défendre. Je dis que ceci est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle.

Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice. Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure.

Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez.

Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente: la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est d’aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes: d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite.

Je l’ai dit ailleurs, et je le répète ici: quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion, que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.(…)

Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure. J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.

J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.

J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse- humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l’état-major compromis.

J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.

J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.

J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.

J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Éclair et dans L’Écho de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.

J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.

En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.

Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.

Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect."

Emile Zola

 

 

On pourrait rapporter, près de 117 ans plus tard, certains passages de la lettre d’Émile Zola au Président de la République, Edgar FAURE, dans les courriers envoyés à François HOLLANDE par des anciens des OPEX qui demandent des comptes sur la disparition des « Milliards de la Division Daguet ».

D’ailleurs, il y a un rédacteur qui écrit :

« Par un courrier à Michel SAPIN du 15 décembre dernier, vous avez pris connaissance du fait que J’ACCUSE François MITTERRAND, ancien président de la République, d’avoir dérobé, avec quelques complices, les fonds virés à la France par le Koweït, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes-Unis au titre des frais de guerre engagés lors de l’Opération « Tempête du Désert ». Le montant détourné serait, en valeur actuelle, de 7 milliards d’euros, et même du double, d’après une source récente de la défense ».

Lire sur : https://euroclippers.typepad.fr/alerte_ethique/2015/01/guerre-du-golfe-1991-lettre-au-pr%C3%A9sident-de-la-r%C3%A9publique-vi.html

On attend toujours une réponse de l’Élysée…

Malheureusement, nous ne sommes pas Zola et nous n’avons aucune écoute… Nous n’avons pas son talent, ni sa notoriété, et nos courriers restent, pour l’instant, sans écho… Pour combien de temps encore, alors que la rumeur monte dans la troupe, au mess, sur le terrain, en Opération ?...

Le scandale, lorsqu’il éclatera, sera bien pire que l’affaire Dreyfus.

Il s’étendra jusqu’au Pays du Golfe qui n’ont rien à se reprocher dans l’affaire. Il discréditera profondément la classe politique, principalement de gauche. Il fera trembler tous les intervenants, tous ceux qui ont couvert l’affaire, de près ou de loin, y compris Outre-Atlantique. Les institutions auront montré leurs limites et devront être améliorées.

Pendant ce temps-là, nos politiciens, qui connaissent le dossier, se gardent bien d’enquêter et surtout de le révéler au public. D’ailleurs, ils viennent de voter une « Loi Renseignement » qui permettra de surveiller électroniquement près de 31 millions de citoyens de 18 ans à 65 ans, car parmi eux pourraient se cacher de dangereux terroristes !...

Et ceci, alors que seuls 5000 personnes, principalement des fanatiques religieux islamistes, présentent une véritable dangerosité et pourraient organiser des attentats !...

Ainsi cette « Loi Renseignement » n’a pour seule utilité que de permettre au pouvoir politique d’espionner les citoyens, d’être, en fait, l’instrument principal d’une « Police politique » destinée à museler les opposants !...

La meilleure preuve en est que « l’affaire du Golfe » est soigneusement protégée par le pouvoir, qu’il n’y a aucune enquête officielle et que la justice n’a jamais été saisie…

Les élus du peuple ont foulé aux pieds l’héritage de la Révolution Française qui a mis au fronton de nos mairies le mot LIBERTÉ, bien en évidence et en priorité !...

Non seulement nos politiciens couvrent un détournement de fonds publics de plusieurs milliards, mais, en plus, ils « pondent » une loi totalitaire dont ont dû rêver Staline et Hitler !...

Zola !... Reviens !... Ils sont devenus fous !...

 

Jean-Charles DUBOC

 

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10/08/2015 11:21

Mains invisibles II : Chapitre IX : Libération de Florence (3/5)

 

Chapitre IX : Libération de Florence (3/5).

 

Captain’ Haddock.

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur.

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite !

 

L’idée maintes fois étudiée serait de se servir d’un petit générateur au thorium afin de chauffer et expulser dans une tuyère un plasma, fabriqué avec de l’eau : Une grosse machine à vapeur, en somme…

Mais que de « sauts technologiques » à faire pour y parvenir, notamment ceux de la puissance et de la miniaturisation de la centrale à embarquer, même si « sur le papier », on peut faire un tel réacteur assez puissant avec seulement 20 tonnes de matériels divers, transportable sur une semi-remorque.

Et puis, trouver un « pays d’accueil » pour ce « genre d’acrobaties », parce que promener une centrale nucléaire volante, même inoffensive, au-dessus de quelques populations, ça n’attire pas nécessairement les autorisations de vol par pelletés enthousiastes…

Même si là encore, ça peut être « en cours ».

 

« Et pourquoi vous n’utiliseriez pas l’E-Cat du professeur Rossi ? » de l’université de Bologne, demande « Haddock » à « Charlotte ».

« Ou votre Z-Machine ? » reprend-il sans lui laisser le temps de répondre, celle de feu McShiant, qui est entreposée dans les caves des locaux du Kremlin-Bicêtre de Paul entre deux cartons d’alcool à destination des grandes écoles de commerce et d’ingénieurs du continent européen.

« L’E-Cat est encore un dispositif expérimental de fusion froide et déjà couvert par des brevets. Quant à ma Z-Machine, non seulement elle n’est pas d’un fonctionnement assez stable et sûr, mais en plus elle produit beaucoup de rayons X dont il conviendrait de se protéger avec de très lourdes enceintes en plomb inutiles et encombrantes pour un vol orbital.

Alors que les indiens et les chinois, mais aussi les norvégiens, sont en avance sur les centrales à sels fondus de thorium, qui sont, semble-t-il, nettement moins dangereuses à faire tourner.

Ils en sont d’ailleurs au stade préindustriel de leur exploitation.

Comment va la Baronne, à propos ! », fait Paul pour changer de conversation avant de prendre des nouvelles de la santé du commandant « Haddock », dont il sait qu’elle n’est pas formidable.

Son « crabe » n’a pas encore eu la mauvaise idée de se métastaser malgré l’absence de tout traitement chimique ou ionisant, et la Baronne affine ses recettes « Cauchoises ».

« Tiens, vous me faites penser à vous refiler la recette du Ruffle-cake suisse, à l’occasion. Une spécialité helvétique de « crème à la crème » montée sur meringue. Chaud en calories, mais ça devrait plaire à votre Baronne, parce que c’est délicieux ! »

 

Mais ce n’est pas de tout ça dont ils doivent s’entretenir.

« Je n’ai que vous sous la main pour le vol de ce soir. D’autant que vous, je sais que vous tiendrez votre langue. Ce qui est devenu, semble-t-il, absolument indispensable. »

Et elle, l’accompagnatrice présumée et qui fait rajeunir « Haddock » par ses sourires attentifs et quasi-mielleux.

« Totale confiance en elle. Et puis elle en sait beaucoup plus que vous depuis mon passage au Vatican ! » (Cf. épisode « Mains invisibles », aux éditions « I-Cube »).

Ok. De quoi s’agit-il ?

« On part pour l’Algérie tout-à-l’heure. Vous me larguerez en parachute au pied des Monts du Zab, au sud des Aurès, au-dessus d’Ain Zaatout pour aller atterrir un peu plus loin sur l’aérodrome de Aéroport de Biskra – Mohamed Khider – une piste de 2.900 m de béton bitumeux sur l’axe 130/310, quelques 50 kilomètres au sud-ouest. »

En parachute ?

« Oui, je vais vous expliquer. Le lendemain à l’aube, après avoir refait le plein, vous irez amerrir sur un lac artificiel formé par le barrage de « Foum Elgherza » où vous m’attendrez sur la rive nord, côté est là où déboule la rivière qui alimente en eau le barrage. J’aurai 45 bornes à faire pour vous rejoindre, soit une arrivée vers 9/10 heures si tout va bien, et on revient à Marseille. »

Une opération « barbouzarde » ?

C’est un peu ça.

« Ma femme a été enlevée il y a plus d’une dizaine de jours et se trouve être retenue par une équipe de rebelles alliés à Aqmi ou quelque chose comme ça, qui va passer la nuit à Ain Zaarout. Inutile de vous dire que je suis sur les nerfs depuis et que je remue ciel et terre pour que les autorités locales se bougent un peu.

Mais c’est sans compter avec l’inertie de fin d’été de notre propre et brillante diplomatie.

Or, depuis quelques jours, j’ai réussi à la localiser avec des moyens, comment dire… « exotiques » ! »

Exotiques ? Ça veut dire quoi !

« – Il n’y a qu’à vous deux que je peux le dire.

– Et pourquoi donc, « qu’à nous deux » ?

– Parce que c’est compliqué. Mais vous allez comprendre puisque vous m’avez dit avoir déjà croisé un OVNI au-dessus de Paris. »

Ça faisait un bail, 21 ans pour tout dire, mais Haddock se souvient parfaitement à la fois de cet épisode de sa vie de commandant de bord d’Air-France et de ce vol Nice-Londres, ainsi que de leur première rencontre, à Barcelone justement, où se tenait un congrès scientifique « très sérieux », sur l’approche de découverte de civilisations spatiales à venir, ou comment aborder le sujet face aux inquiétudes légitimes des populations à qui la découverte pourrait être révélée.

Non seulement ce jour-là, il y avait eu un écho-radar attestant de la présence de l’engin extra-terrestre, mais depuis, il a retrouvé récemment deux témoins oculaires, qui ont vu la même chose, pas par la tranche, mais par-dessous !

« Un passant qui passait et un pilote militaire. »

 

Mais quel rapport ?

« Ces photos ! »

Paul sort d’une enveloppe noire une série de clichés satellite de la région en question.

Avec nombre d’agrandissements focalisés à la fois sur le bourg cité, où, au fil des zooms on finissait par distinguer des silhouettes en grappe dans un coin isolé de la montagne.

Paul pointe son doigt sur une des personnes allongée sur une civière portée par deux gaillards enturbannés.

« Ça, c’est Florence, la mère de ma fille. Je reconnais sa silhouette. Et elle est blessée à ne pas pouvoir marcher. Je vais l’extraire ce soir avec votre aide. »

Il délire, là ? Tout seul ?

Et d’abord, comment Paul a-t-il eu ces clichés ?

« Je vous ai dit que c’était compliqué. Il y en a d’officiels émanant des services de nos armées, mais voyez la date et l’heure de cette série-là ».

Les caractères inscrits dans un coin démontrent qu’elles sont toutes récentes, de la matinée du jour même, pas plus vieux.

« Mais c’est incroyable, ça ! » ne peut-il pas s’empêcher de s’exclamer. « Vous m’avez contacté hier…»

Celle-là, il les a reçues hier soir sur la Cannebière.

 

« Il y a mieux. Ces clichés montrent mon hydravion là où vous allez le poser en m’attendant. Regarder l’immatriculation et la date. »

Pas de doute : une photo qui ne devrait pas encore exister, compte tenu de sa date !

Incroyable ! Absolument vertigineux…

« Mais comment vous avez eu ça ? »

 

C’est là que c’est encore plus invraisemblable.

« – Je les ai eus il y a plus d’une semaine maintenant.

– Mais c’est fou !

– Pas tant que ça : On s’y fait avec le temps, vous verrez. D’autant qu’elles vont vous guider. Ces photos m’ont été remises par « Birgit », une brune aux yeux bleus-acier et vêtements noirs se présentant comme l’assistante d’un chercheur suisse de l’école polytechnique fédérale de Lausanne. Son service existe bien et lui aussi, mais il n’a jamais eu d’assistante se prénommant Birgit et aucune ressemblant de près ou de loin à la description que ma pote « Charlotte » lui en a faite.

– Une femme en noire ? Voilà bien la première fois que j’entends parler de cette hypothèse. Des « hommes en noirs », style Matrix, oui, et en quantité mais seulement dans la littérature ufologique. Menaçants même, les « MIB », pour Man in Black, mais jamais de femme !

– D’autant que celle-là n’était pas menaçante, c’est le moins qu’on puisse dire.

– Vous voulez dire une vraie… femme ? Ou une sorte de robot ?

– Je ne sais pas, en tout cas c’était très ressemblant…

– Ne me dites pas que… vous l’avez… comment dire ? Essayée ? »

On ne peut pas vraiment dire ça comme ça.

« Bref, nous avons un accord : elle me permet de récupérer Florence avec ces photos-là, mais je ne dois dire à personne, absolument personne ce qui s’est passé et ce qui va se passer sur place. Donc, personne ne m’accompagne, surtout pas des « officiels », sauf vous, si vous ne craignez par les mesures de rétorsions et gardez à jamais le silence sur ce petit-épisode de votre carrière de pilote ! »

Le « Capitaine Haddock », de son surnom, éclate de rire.

Une véritable explosion d’hilarité !

En revanche, Matilda commence à comprendre pour quelle raison Paul doit être « seul » sur place.

 

« De toute façon, personne ne croirait une pareille histoire ! J’ai déjà testé le problème avec mon Ovni parisien dans un autre millénaire, croyez-moi ! »

Et le voilà qui se met à causer de ses « petits-camarades » exposés aux mêmes soucis de leurs observations iconoclastes sous des cieux divers, de ses réunions de fêlés d’ufologistes et autres tenants du gag Ummo.

Que ça dure un bon moment.

« Vous savez » conclut Paul, « je n’ai jamais cru à ses balivernes de doux rêveurs ou d’excités. D’abord je n’avais jamais fait ce type de rencontre, même céleste. Mais là, depuis quelques jours, je me rends à l’évidence : il n’est pas possible, avec notre technologie actuelle, à moins de faux grossiers, d’avoir des photos du lendemain.

Or, ce ne sont pas des faux, je me le suis fait confirmer par nos services-experts qui ont quand même pris ça pour « quantité négligeable ». C’est bien l’immatriculation de mon hydravion et le bout de peinture manquant quand je l’ai sorti hier soir de son hangar sur le bout de l’aile est visible. Vous pourrez vérifier tout-à-l’heure.

De toute façon, je ne peux pas faire autrement pour récupérer sa mère à ma fille rapidement. Et figurez-vous que je compte sur vous pour me piloter sur place et ne pas prendre le risque de la perdre une nouvelle fois ! »

Banco.

« Une fois de plus, je suis votre homme… Parce que bon, s’il y a des MIB dans les parages, on aura sans doute droit à un OVNI à l’occasion de ce vol et je veux voir quelle forme il va avoir. Le mien était ovoïde, lenticulaire, là je parie que ce sera un triangle noir, comme lors des vagues récentes. »

Il aura la forme d’une luciole-folle, mais aucun d’eux ne le sait encore, pas plus que d’imaginer la vague de ces mêmes engins surnommés « drovnis », sans doute pour dédramatiser la portée de ces observations à l’adresse du grand-public, par les autorités en survol de centrales nucléaires dans le nord de l’Europe et en France qui va suivre et confirmer leur présence, parce qu’elle n’aura lieu qu’au début du mois prochain.

 

« – Le seul problème, c’est que je ne sais pas amerrir ! Je n’ai jamais fait.

– Pas bien grave ! C’est comme un atterrissage mais sans les freins ni les débords et lignes de piste. Il faut juste penser à sortir les gouvernails pour se diriger une fois à l’eau, et le train pour accoster.

Moteur coupé, de toute façon l’eau est un excellent ralentisseur autour des flotteurs et en plus les vaguelettes indiquent la direction du vent : Il suffit de s’aligner à la perpendiculaire… »

Sauf par grosse mer, ce qui ne sera pas le cas.

Son problème sera surtout de ne pas emplafonner les rives qui pourraient être escarpées en cette fin d’été si le barrage a eu le temps de se vider… 

 

C’est ainsi qu’ils décollent en début de soirée, roulant de centre de contrôle en centre de contrôle, sans histoire, pour être aux environs de minuit heure locale – il y a un décalage horaire d’avec le fuseau horaire d’Europe de l’ouest – au-dessus de leur objectif, un peu déporté par rapport à la route directe sur Biskra.

Tout se passe bien jusqu’à l’extinction des feux de position, la mise en drapeau de l’hélice, moteur coupé, en descente lente pour ralentir et ne faire aucun bruit, ne pas se faire repérer !

Soudain : « Là ! » s’exclame « Haddock » en montrant de doigt un point lumineux sur leur 12 heures, droit devant eux et un peu au-dessus de leur altitude du moment.

Une « lumière », virevoltante, stationnant au loin, semble vouloir les guider.

 

Source : https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/08/chapitre-ix-liberation-de-florence-35.html

 

 

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