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09/11/2015 10:30

Au nom du père II : chapitre XIII : Affaires britanniques

 

Au nom du père (Chapitre XIII ; Tome II)

 

Affaires britanniques 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

Le lendemain, Paul file faire une escale à Paris-Vème et part pour Londres à l’appel de Lady Joan avec un passage obligé dans le cockpit. 

Miss est chargée de mission pour la liquidation de la succession de Lord McShiant. 

Une occasion pour prolonger leur week-end raté au large de Saint-Florent ?

« J’ai plusieurs points à régler avec toi, » commence-t-elle d’emblée dans son bureau de Londres, l’air, sinon menaçante, pour le moins très « psycho-rigidifiée-préoccupée », en tenue stricte mais follement sexy aux yeux de Paul. 

 

« Je vais me marier ! » 

Boum. Et avec qui ? 

« Avec celui qui veut bien donner un nom et une éducation de mon enfant. Si je te le dis, c’est qu’il se trouve que je suis enceinte. Enceinte de toi. » 

Pas possible ! 

« Si ! » 

Comment a-t-elle pu faire une chose pareille. Il a pourtant pris bien des précautions ! 

« Comment tu as pu faire ça ? » 

Par les voies naturelles ! 

Excellent … « Non mais je veux dire, sans m’en parler… avant ! » 

Elle lui rappelle qu’elle avait déjà évoqué le sujet avant son départ avec Shirley. Ce qui est vrai. 

Et qu’elle voulait en décider ensemble à Saint-Florent, mais ils n’en ont pas eu le temps… 

C’est vrai que ce jour-là, on lui volait son hydravion, il se faisait virer de la fondation de Fox, on le jetait comme un malpropre de la MAPEA, il se retrouvait à la rue, sans sa moto et sans salaire, on lui a incendié les locaux de CAP-Investigation, et on lui a coulé la péniche de Mylène : Une belle série ! 

Pendant qu’elle filait en urgence à Glasgow pour enterrer McShiant… 

On fait quoi maintenant ? 

 

« Je ne te demande pas de m’épouser, je t’en sais incapable. Cet enfant, je le veux, j’y tiens, je l’aime déjà, il est à moi. Or, dans mon milieu, une mère-célibataire, c’est une ruine ! Soit on se marie tous les deux et nous savons toi et moi que c’est pour divorcer rapidement, ce que je ne veux pas non plus, soit je me marie avec un ami de feu mon premier mari. 

C’est toi qui décide. » 

La laisser se marier avec un vieux con pas de son âge une fois de plus ? Pas question. 

Se laisser passer la bague au doigt et devoir déménager chez les rosbifs, inimaginable ! 

« Tu ne te rends pas compte que c’est complétement délirant ce que tu me proposes : J’ai des cinglés à mes trousses, on veut me faire faire des choses pas possible où je vais encore risquer ma peau. Si en plus je me trimbale avec une moitié, adorable certes, et un marmot, mais je les mets en danger de vie ou de mort dans l’heure ! Tu es complétement fêlée, Joan ! » 

Bref, un « levier » que n’importe quelle puissance malfaisante pourrait actionner n’importe quand pour l’obliger à faire n’importe quoi y compris des choses qu’il réprouve : On y arrive assez bien comme ça sans ce fardeau supplémentaire à gérer ! 

Elle confirme sa décision : « Ok ! J’entends bien et m’attendais un peu à ta réaction ! Je ne te vois pas en mari aimant protégeant sa famille alors que tu n’arrêtes pas toi-même de te mettre en danger, bien malgré toi je veux bien te le concéder, mais à tout moment. » 

Elle mariera Lord Martin-Aldous Loxbeare… 

« Très bien, ça, que ton fils devienne pair d’Angleterre, un jour ! » 

Et si c’est une fille ?

« Ne t’en fais pas, si tu es capable de garder le silence à jamais, Martin est parfaitement d’accord. Il est suffisamment ruiné pour ne plus arriver à maintenir son train de vie dans sa propriété du Devon et il ne fera aucun reproche à qui que ce soit si je passe quelques moments d’intimité avec toi, pour te présenter ton gosse ! » 

Incroyable, là : Paul en reste bouche bée ! 

Un mari, tout ce qu’il y a de plus fréquentable, tout en gardant son amant dans la chambre d’à-côté… 

Déchaînée du ciboulot ! 

Et elle enchaîne. 

 

« Mon cher capitaine de frégate, pour acheter ton silence, j’aimerai que tu acceptes la mission confidentielle de superviser les affaires de succession de lord McShiant dont ma cabinet est chargé. Je te détache un clerc. Fais gaffe à tes fesses, il est gay. Je veux bien porter les cornes, mais seulement à cause d’une autre femme, pas à cause d’un homme. » 

Qu’est-ce qu’elle va chercher ! 

Encore un « truc » alambiqué, se dit Paul médusé. 

« Voilà, les honoraires, c’est 5 % des commissions de liquidations calculées sur l’ensemble des avoirs réalisés. Tu sais que je suis actionnaire, à titre particulier, mais aussi pour quelques clients de mes amis, des affaires de ma copine Lady Catherin. Alors tu me liquides mes avoirs au mieux et tu règles la succession au meilleur des intérêts des héritières. 

Attention, McShiant a modifié son testament avant d’avoir fait son entrée à l’hôpital et tu es désigné comme son exécutaire-testamentaire. Il t’a d’ailleurs légué son laboratoire et tout ce qu’il y a dedans en récompense des bons soins que tu y apporteras. Démerde-toi et commence par me signer un mandat d’exécution, s’il te plaît ! » 

Et s’il refuse ? 

« Ce serait dommage ! » Ils ne se reverraient plus jamais et il ne deviendrait pas son témoin de mariage ni même le « veilleur [1] » de son gamin… 

Diabolique. 

« Tu me fais chier, la fille ! Tu es une diabolique, dans ton genre. Je veux d’abord voir ledit testament. Pas envie de m’emmerder pour des prunes, même pas pour tes beaux yeux ou tes orgasmes somptueux et phénoménaux : Tu le sais bien ! »

Il est attendu à Glasgow. 

 

Et hop, un nouveau plan de vol sur une ligne low-cost, sans le clerc, sans même un petit câlin et sans la coupe de champagne du commandant de bord. 

Pas croyable, enceinte et même pas la reconnaissance du ventre : Une « intraitable » en affaire avait prévenu en son temps le directeur Almont [2] ! 

Heureusement, les deux ladies écossaises, Catherin et Margaret sont nettement plus accueillantes. 

Même si le dîner n’est pas vraiment gai, en présence de l’équivalent du notaire local, dans une sombre atmosphère de deuil… 

Paul se fait confirmer le mandat post-mortem de Lord McShiant, le grand-père. 

« Je pense qu’il a été heureux de vous montrer ses machines et de vous voir à l’œuvre à Montréal. Hélas, il a aussi compris d’où venait son rein. Ce qui l’a tué. À vous de poursuivre son œuvre ! » fait le notaire local sur le ton morbide des croque-morts.

« Il est là pour régler les formalités et rédiger les actes. Mais Joan m’a dit qu’elle mettrait à ta disposition un de ses clercs assez au courant de ce type d’opérations successorales » précise Lady Catherin. 

Et il dit quoi, le testament ? 

Globalement que le château restait dans la famille ainsi que tous les meubles, sauf la partie des équipements de son laboratoire. 

« Tu seras gentil d’évacuer tout ce fatras avant qu’il ne me vienne l’idée de tout jeter à la mer ! » fait Lady Catherin à Paul entre la poire et le fromage… 

Et il va mettre tout ça où, lui ? 

« Je t’arrête : Ce sont des équipements qui appartiennent à l’Angleterre. Alors si tu veux les évacuer, tu me loues un hangar surveillé et tu y colles tout ça. Je ne sors rien du pays sans l’accord des services de ta majesté ! » 

Non pas à l’Angleterre et ses rois ! Ils sont à l’Écosse et son gouvernement local. 

Il en sera fait ainsi, aux frais de Paul. 

 

Et pour le reste ? « Qu’elles sont vos intentions, les filles ? » 

À part se faire un trio nocturne et sensuel, dans l’immédiat, il s’agit de chiffrer combien les opérations de liquidations vont coûter. 

Le plumitif local a déjà fait les comptes : Au bas mot, 4 à 5 millions de Livres. Il conseille d’ailleurs quelques montages spécieux pour alléger la facture des agents du fisc local, qui sont, comme partout ailleurs dans le monde dans les mêmes circonstances, déjà aux aguets en se frottant les mains de la mort d’autrui. 

Ce ne sont pas souvent les seuls, d’ailleurs… mais toujours les premiers. 

Paul coupe court : « Vous verrez ça avec le clerc de Lady Thornner qu’elle met à notre disposition. Je rajoute que ta copine » fait-il à l’adresse de Lady Catherin, « souhaite récupérer ses parts dans tes affaires. Je crois que c’est naturel. Alors, soit tu envisages de céder des actifs pour la payer, soit tu t’apprêtes à entrer en bourse ou à nouer un deal avec un investisseur. Parce que j’imagine que tu n’as pas le premier sou ! » 

Il imagine bien. 

Quant à céder des « actifs », il faut en trouver en plus pour de 1 à 2 millions de Livres au total si Lady Joan sort. 

Moins si l’opération se fait avant la clôture de la succession. 

« Disons qu’elle sera gourmande et espère bien une belle plus-value. C’est au double qu’elle compte en retirer. Soit trois millions de Livres minimum, donc un total 7 à 8 millions. Tu as quoi qui vaut ce prix-là ? » 

La maison, l’usine, les terrains, les machines, les cuves… Ça ne fait même pas ce total évalué entre 6 et peut-être 7 ! 

« Mais qu’est-ce qui lui prend tout d’un coup ? » 

Elle va se marier et compte emplir sa dot pour renflouer son futur. 

« Se marier ? Tu es fou ! » 

 

On peut vendre l’usine à puce à quelques-uns de ses « maîtres du monde ». Mais il faudrait déménager les ateliers. 

Lady Margaret proteste du haut de son fauteuil à roulettes. Elle n’a certes plus les financements de la Fondation Risle pour ses prothèses et orthèses « intelligentes » et adaptatives, mais alors sans les royalties des puces RFID, elle sera obligée d’arrêter ses travaux de recherche. 

« Et le stock. Tu as combien de bouteilles qui sont en train de vieillir ? » 

Lady Catherin ne sait pas. Plus de deux millions, trois, peut-être le double. « Mais en fûts, pas en flacon. » 

Des Hogshead de 54 gallons. Valeur estimée 350 à 400 livres le fût. 

Petits calculs mentaux : Une livre qui oscille à ce moment-là entre 1,16 et 1,17 euros, un fût qui fait 54 gallons, un gallon qui fait 4,558 litres, une bouteille qui fait 75 cl, des taxes de circulation qui s’élève à 1.514 € l’hectolitre sur le continent, sans compter la TVA locale et la vignette de sécurité sociale de 26 % sur les alcools, ça donne… 

D’un côté deux millions de bouteilles présumés, soit 10.800 fûts. Ou encore 4 millions de livres sterling. Elle peut déjà payer ses droits si elle vend une partie de l’ensemble. 

Mais encore pour vendre, il faut trouver un acheteur qui va devoir revendre. 

Soit à deux livres la bouteille hors taxe hors droit. 

Si on livre en France, ça fait du 2,34 euros la bouteille, auquel il faut rajouter 2 euros de droit, plus 40 centimes de TVA et 1,23 de vignette SS, pour un prix hors transport à 5,97 €. Avec la marge du distributeur, on se retrouve avec un prix public TTC de l’ordre de 10 à 12 euros la bouteille sans étiquette… 

Le calcul de Paul, c’est de refourguer 1 million de bouteilles par lot de cartons de 12 au minimum à chaque promo de l’X encore active, avec l’année de la promo et son nom sur l’étiquette : à 150 € le carton, il a des chances d’en écouler un bon millier par promo « active », soit environ 40.000 cartons et au moins autant à sup-aéro. 

Dans cette hypothèse, il lui restera sur les bras 3.000 cartons à stocker pour des jours meilleurs, mais aura vendu pour 12 millions d’euros, payé son fournisseur exclusif sur ce coup-là pour 3,4 millions d’euro, et aura 2,86 millions d’euro pour payer ses frais d’étiquetage et de transport. 

Pour un type au chômage qui cherche désespérément un peu de menue-monnaie, c’est jouable. 

Et il monte le deal avec Lady Catherin, qui n’est pas très chaude de ne plus avoir assez de stock pendant quelques années. 

« Écoute, c’est ça rapidement, sous six mois, ou c’est autre chose de plus emmerdant ! » 

 

Oui mais la suite ? Lady Joan. Là, Paul ne voit rien d’autres que de refourguer l’immobilier ou l’usine à puces à des investisseurs. « Au moins comme ça, tu gardes ton château, soit les murs pour distiller ton whisky pendant quelques années, soit l’inverse. Je ne sais pas. » 

Et si au contraire on vendait la marque et la distillerie pour garder les puces ? 

« Ça vaut un an de vente. Tu vends combien de whisky par an ? » 

À peine 2 à 3 millions de Livres les bonnes années. « Et avec un stock en vieillissement amputé, ça ne vaut plus grand-chose ! » 

À moins qu’elle ne cède une grosse part de ses actions. Ou celles de Lady Joan. « Tu accepterais d’avoir une substitution entre Lady Joan et un actionnaire comme Ricard ou un de ses concurrents ?» 

Ils n’attendent que ça. Et résignée elle finit par lâcher : « Mais on va dire que c’est le problème de Lady Joan. Je ne veux pas savoir ! Elle se débrouille seule… » 

Ça va être sportif, se dit Paul. En attendant, c’est la nuit qui suit qui est « sportive ». 

 

Aparté n° 25 

 

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[1] Autrement dit le « God-father », le « parrain » chez les huguenots de sa secte à elle… 

[2] Cf. L’épisode des enquêtes de Charlotte : Chapitre XXVI Opération « Juliette-Siéra », publié aux éditions I-Cube

 

Source : https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/11/au-nom-du-pere-chapitre-xiii-tome-ii.html

 

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08/11/2015 11:11

Au nom du père II : chapitre XII : Plans de vols

 

Au nom du père (Chapitre XII ; Tome II)

 

Plans de vols 

 

Avertissement : Vous l’aviez compris, ceci n’est qu’un roman, une fiction, une « pure construction intellectuelle », sortie tout droit de l’imaginaire de son auteur. 

Toute ressemblance avec des personnages, des lieux, des actions, des situations ayant existé ou existant par ailleurs dans la voie lactée (et autres galaxies), y compris sur la planète Terre, y est donc purement, totalement et parfaitement fortuite ! 

 

L’amiral poursuit : « Je vais vous dire. Si nous vous confions la mission, ce n’est pas tant pour complaire aux américains. Ce qui compte pour nous, ce sont deux choses : Vous aurez libre cours pour exploiter vos… exploits auprès des chinois et des russes dont on espère qu’ils vous laisseront jauger leurs appareils de plus près que peuvent le faire les agents des services de sécurité occidentaux. 

Nous en avons un en place en Russie. Nom de code de notre agent : Dichnikov qui devrait assurer notamment les liaisons de sécurité. 

Et une sino-américaine en Chine aux ordres de la CIA dont je ne connais pas encore le nom de code. 

Mais le second volet, le plus important de votre mission, c’est de voir se réveiller les réseaux dormants de l’Est et d’ailleurs qui vont forcément s’intéresser à vos exploits, de les identifier voire même de les neutraliser si c’est possible : On pille nos technologies tous les jours dans nos bureaux d’études et sur nos chantiers de construction navales ! Même chez Renault ! 

Et tout ça, c’est du ressort de la DCRI. 

Mais comme il paraît que vous n’avez confiance qu’en la Marine, ce dont je vous remercie vivement, j’ai donc été sollicité pour vous mettre le pied à l’étrier. 

Voilà votre mission… que même si vous l’acceptez, nous ne sommes au courant de rien, cela va de soi !» 

Elle est bien bonne celle-là ! 

 

« Juste une question, Amiral. Je fais comment pour récupérer mon appareil ? » 

Il devra se démerder. « On va vous faciliter la tâche quand même. Mon collègue, le général Wimereux, je crois que vous connaissez, m’a recommandé un agent de l’ancien SDECE, Richard Albert de Ildut comme correspondant et agent de liaison. Vous connaissez ? » 

Pas encore. 

« Un gars bien. Vous pourrez compter sur lui : Un ancien gendarme à la retraite, mais il a gardé un carnet d’adresses utiles. Il prendra contact rapidement. » 

Encore cet aspect « non-officiel » en cas de pépin ? 

Et s’il échoue dans cette tentative idiote ? 

« Eh bien ce ne sera pas très grave ni pour la Nation ni pour la Marine. Je serai un peu chagriné par votre sort. Mais j’ai l’habitude, je suis un soldat, moi ! »

Abruti, oui ! 

Et s’il refuse ? 

« On m’a dit que vous connaîtriez un sort encore plus funeste. Je suis encore plus attristé par cette perspective, mais parfois la raison d’État commande des sacrifices ! » 

Bien cyniques, que de tels propos… 

« Laissez-moi y réfléchir » fait Paul en prenant congé. Il n’a rien demandé de son sort s’il accomplissait toute sa mission « non-officielle » : Qu’on lui fiche la paix, ce serait déjà pas si mal ! 

Et tout ça parce que la Fondation Risle avait coulé et son « boss » tué de son fait ! 

Jamais il n’aurait pensé qu’on le ferait descendre en enfer aussi loin sur cette Terre juste parce que l’autre nabot il a une femme au réa trop profond et qu’il n’est pas à la hauteur la gorge à investir. Et tout ça pour avoir suivi la piste du « doigt de Dieu » qui voulait les mettre tous au cimetière ! 

Pas croyable… 

 

Sitôt de retour sur les pelouses, il n’a en tête que de rentrer se cacher. C’est sans compter avec l’apparition de Nathalie et Marie-Claire, bras-dessus bras-dessous.

« Je te présente Paul. Mon fiancé du jour ! Marie-Claire Gouët, ma coloc’ à Paris. » 

La rousse, plutôt auburn que rousse d’ailleurs, est tout sourire et a un œil qui dit merde à l’autre derrière ses lunettes rectangulaires du meilleur effet : Un très léger strabisme divergent, mais suffisant pour qu’on ne sache plus avec quel œil elle vous regarde. Il faut naviguer de l’un à l’autre et comme elle en fait autant, c’est agaçant. 

Pour le reste, elle a tout ce qu’il faut là où il faut, en un peu plus « garçonne » que Nathalie peut-être… Question de posture, semble-t-il. 

« Mais je vous connais. Vous n’habitez pas dans le Vème ? » 

Si, mais depuis récemment seulement. 

Il s’avérera dans les minutes qui suivent, que Marie-Claire, c’est la « voisine-au-chat » divaguant qui met en pelote les nerfs de Miho et de Mylène. 

« Ouh ! Mais alors on va se revoir ! » fait Nathalie toute frémissante. 

Le monde est décidément tout petit, même jusque dans le fin fonds du Gers.

« Jusque-là, on ne s’était pas croisé. » Sous-entendu qu’il n’y a aucune raison pour que le phénomène persiste. 

« Vous ne rentrez pas tout de suite, dites : Vous nous raccompagnez au moins ! » 

Ce n’est pas dans ses intentions. « Vue l’heure, ou on part maintenant, ce que je comptais faire, ou je pars à la recherche d’un hôtel ! » 

Dans les deux cas, il lève le camp. 

« C’est une invitation pour laquelle de nous deux ? » te raconte Nathalie qui saute sur l’occasion et la pointe des pieds. 

« Vous êtes toutes les deux charmantes. Je dirais donc toutes les deux… si vous me trouvez où je vais passer la nuit ! » 

Après tout, Paul n’a rien contre les trios sensuels. Alors pourquoi ne pas tenter sa chance ? 

C’est alors que Marie-Claire lui tend une carte de visite d’hôtel : « Il faudra juste se serrer un peu et rapprocher les lits ! Chambre 12, au fond du couloir. On rentre quand on aura trouvé un chauffeur. » 

Paul n’est pas partageur, dans ce cas-là. 

« Ooooh ! Vous sauriez contenter deux appétits féroces ? » 

« Vous tiendrez la distance si je vous propose un rythme d’une fois toutes les heures jusqu’au petit-matin ? » 

Gloussements de ravissement idiots en réponse. 

« Et qui va conduire demain matin ? » 

Elles ont raison, ce n’est décidément pas raisonnable. Et il prend congé les laissant dépitées, les clés de leur chambre « pendouillantes » à bout de bras.

 

De toute façon, il n’a pas du tout, mais alors pas du tout la tête à la gaudriole avec ce qui vient de lui tomber dessus. Et son projet immédiat est plutôt de passer à Aubenas chez Isabelle Nivelle : Depuis tant d’années où elle s’est abstenue de toute relation « intime » avec son « Directeur » pour des raisons d’éthique, Paul qui n’est désormais plus son salarié, va pouvoir vérifier si son charme naturel agit toujours et encore sur son nerf honteux à elle. 

C’est à un peu plus de deux heures de route et maintenant qu’il a une « feuille de route » indiquée par sa nouvelle « hiérarchie », il lui faut vérifier si elle est à portée de main et de règle à calcul avec son équipe d’Aubenas, celle qui a bossé sur le « 001 ». 

 

Isabelle explose à l’idée de laisser partir dans un vol hautement risqué son « dégé-favori ». D’autant qu’elle compte bien le récupérer en tant que tel dans les mois qui vont venir. 

« Tu te rends compte que ton successeur, Éric Schmouller, c’est vraiment le roi des cons ! À peine arrivé, c’est tout juste s’il ne voulait pas me sauter sur le poil… » 

Elle aurait pu le tester en se laissant faire, au moins ! 

« Pire que ça, il nous a mis un pataquès pas croyable avec ses premières mesures : On a une grève du zèle perlée à gérer depuis qu’il a fait savoir ses exigences en matière de procédures : Un fou ! » 

Et question pognon, ça roule ! 

« Ne m’en parle pas. Il a doublé son salaire par rapport à toi, s’est fait voter les pleins pouvoirs pour son golden-parachute, sa retraite complémentaire, son logement de fonction et a fermé le siège parisien. Quant à la Mercedes de fonction, c’est carrément le haut de gamme avec toutes les options que j’en ai vendu ma 607 pour la remplacer par une Twingo pour bien montrer au personnel que je ne suis pas d’accord ! » 

La « miss » rouler en Twingo ? Même sa fille a une Clio ! 

Trop drôle. 

« Il est urgent que tu reviennes ! Je peux convoquer une AG pour ça ! »

 

Elle est gentille, mais elle sait pourtant très bien que la boutique est tenue par les contrats de commandes des « actionnaires » minoritaires. 

« Tu ne peux pas faire ça. Tout ce que tu peux faire, c’est de supprimer le poste de DG à l’organigramme. Mais ça veut dire que tu vas devoir remettre les mains dans le cambouis. T’en sens-tu capable ? » 

Il le faudra bien si c’est la seule solution. 

Et les voilà qui se mettent à bosser tous les deux sur un nouvel organigramme, répartissant les tâches et responsabilités sur le personnel et compétences existants ! 

En fin de soirée, il reste des détails à régler quand Paul aborde enfin la raison de sa venue dans ses murs. 

« Ne me dis pas que c’est pour me sauter ! » 

Non, pas de prime-abord. Quoique, il venait de tourner le dos à deux nymphettes qui n’attendaient que ça… 

« C’est comme je te l’ai dit en arrivant : Il faut que je fasse un tour du monde avec le 001. C’est important, pour la boutique, pour moi et pour l’avenir du proto ! » 

Il explique son idée : Quitte à tourner au tour de la planète, il faut le faire sans avoir à redescendre sur terre faire le plein, ni à organiser des ravitaillements en vol tout autant chronophages et gros consommateurs de carburant… 

Moindre altitude égale grosse consommation ! 

« D’autant que si j’ai bien vu que l’avion se comporte relativement bien à haute altitude, dans les couches plus denses, il devient imprévisible. » 

Bref, il faudrait que dès lundi, elle mette une petite équipe sur le calcul d’un vol optimal, les contraintes engendrées au décollage et une autre équipe pour résoudre le problème du calculateur du pilote automatique. 

« Au nez et à la barbe de Schmouller ? » 

Et pourquoi pas ? 

« Je te signe un pouvoir, tu nous convoques une AG qui supprimera le poste et invalidera les conventions qu’il a signé pour se protéger. Vois ça avec nos avocats et qu’ils n’omettent aucun détail. Ça c’est histoire d’arrêter ta grève quand le personnel saura deux choses : Un, que je fais bosser en douce une équipe sur le « double-zéro-un », donc je suis dans les parages ; deux que le Schmouller il est déjà sur un siège éjectable.

Et si lui proteste, tu y vas franco : Tu lui dis avec ton air le plus garce possible que ce sont des ordres qui viennent de l’Élysée ! Et tâche d’être convaincante, parce que c’est vrai. S’il proteste, tu lui rétorques qu’il n’a qu’à vérifier par lui-même. » 

Or, il ne pourra pas vérifier plus haut que chez EADS, d’autant mieux qu’à l’Élysée, personne n’ira raconter que les ordres viennent de Langley : Ils se heurteront à un mur. 

Et Paul aura le « retour » via Beauty et son ZEHST ! 

Car si « ça » redescend par la voie hiérarchique normale, en moins de 3-4 jours, ils devraient comprendre qu’en excluant Paul du Zehst, alors même que l’Élysée veut faire voler un hypersonique civil, Beauty a fait vraiment une très grosse boulette. 

Sans causer de la garce du siège et ses tests à la graisse de noix de couillon ! 

Et il devrait les voir se manifester, l’un ou l’autre. 

 

« Ok ! Mais voler sur toute la planète au-dessus de pays pas forcément amicaux à tes essais, n’est-ce pas prendre le risque de te faire descendre ? » 

Descendre un engin qui vole entre Mach 4 et Mach 5, personne n’a encore jamais fait ça surtout avec des missiles qui affichent tout juste Mach 2 et des poussières. 

« Déjà, les promener au-delà de 60.000 pieds, ça n’a rien d’évident. Regarde ce qu’on aide à fabriquer avec nos propulseurs à poudre. À 30.000 pieds, si leurs engins montent à 55.000 pieds en théorie, aucun de nos champions nationaux n’a jamais fait un tir réel à cette altitude. Ne t’imagine pas que les chinois ou les russes savent mieux faire. À la limite, il n’y a bien que les américains qui peuvent faire avec leur SM-3, tous les autres ayant abandonné leur programme. Et à 15 millions de dollars l’unité, faut pas rêver non plus : Ils ne tireront pas, surtout sur un allié à qui ils ont commandé le vol ! » 

Oui mais quand même… 

Les femmes, quand elles deviennent têtues d’inquiétude… 

 

« Tu as peut-être raison. Je t’explique l’objectif. On ramène le prototype à Orange, c’est prévu comme ça. Mais il faut que tout le monde le sache. Parce que mon petit tour au-dessus de la méditerranée fin août dernier, ça les a déjà mis en ébullition un peu partout dans le monde. 

Là, il s’agit de confirmer la performance sur la durée. Notamment pour les chinois mais aussi pour les russes. Assez haut, si on peut imaginer de faire la route des deux pôles, forcément, ils verront tous un scope passer sur leurs radars de veille. Les européens, les russes, les américains et même les chinois surtout si j’emmène ma coréenne à bord muni d’une balise ! » 

Et puis elle en deviendra une assurance-vie… Quoique, ils n’avaient pas hésité à la sacrifier lors de son vol au-dessus des mers territoriales de Corée-du-nord. 

« Au-dessus des pôles ? » 

Elle fait répéter. 

« Mais il n’y a aucun aéroport de dégagement en cas de problème, notamment dans la route sud au-dessus du pacifique ! » 

Ni aux deux pôles. 

« Hasardeux. Mais fais-moi bosser Claude sur cette hypothèse aussi. Ok ? » 

Claude, c’est l’ingénieur-fluide-maison, celui qui conduit les process de concassage et de brassage des poudres, forcément au fait des équations de Bernoulli sur le sujet et pilote amateur à l’occasion, qui s’était occupé de l’aérodynamique du « 001 » avec Paul ainsi que de mettre au point l’ensemble « mécanique/navigation » des deux premiers vols. 

« De toute façon, il faut prendre le risque. C’est une question à la fois de crédibilité pour la boutique à faire des drones un jour ou l’autre. Mais c’est aussi une mission qui doit m’ouvrir les portes des chinois et des russes. Et puis pas que ça ! » 

Paul explique à Isabelle Nivelle, que si la DCRI et l’amirauté lui demande ce « coup de poker », c’est avant tout pour débusquer les « petits-espions » dormant sous un faux nez. 

« Faux-nez que je suis, en parfait plastron, pour n’être officiellement plus dans ta boutique… » 

Compliqués, les hommes de l’ombre pour une femme d’Auvergne-parisienne. 

Mais apparemment logique. 

 

« Tu sais, tu n’as rien à perdre à faire ce qu’ils demandent, au contraire : Je te sais assez fine-mouche pour en profiter à faire le ménage chez toi et tirer la couverture à toi quand l’occasion se présentera ! »

D’autant que s’il revient « en grâce » au palais de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, il n’y aura plus d’objection pour qu’il ne redevienne pas opérationnel à Aubenas. 

Oui, mais si, elle a à perdre son meilleur Dégé. 

« Tu y tiens tant que ça, depuis tout ce temps ? » 

Bé oui. 

 

Aparté n° 24

 

Source : https://flibustier20260.blogspot.fr/2015/11/au-nom-du-pere-chapitre-xii-tome-ii.html

 

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